‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 506 sur 610 · oyez les Mémoires, p. io · texte numérisé non relu

oyez les Mémoires, p. io

encore ne deineurai-je gnère (|ne je n'y trouvasse de nouvelles occasions de la mériter.

Dans les calamités communes à tout cet Etat, les provinces les plus abondantes ou les plus soumises ont toujours été les plus opprimées ; et, comme si on leur avoit dû imputer à crime leur obéissance et la bénédiction que Dieu leur donnoit, on a incessamment puni de nouvelles souflVances la facilité qu'elles ont témoignée d'avoir à soufliir. Les pays qui sont sous ma charge étant tous remplis des funestes preuves de cette vérité, et leur désolation ne faisant que trop voir jusques où avoit pu aller la fidélité de leur zèle, les peuples se rebutèrent d'une patience qui ne faisoit qu'attirer la persécution, et, sur l'avis qu'ils eurent que le Parlement avoit réprimé quantité d'excès, ils passèrent eux-mêmes à celui de se faire les juges en leur propre cause, et d'étendre les suppressions portées par les déclarations du Roi sur toutes les choses dont ils eussent voulu être déchargés ^. Ils se vengèrent sur quelques bureaux et sur quelques commis des injures qu'ils prétendoient en avoir reçues, et se voulant même imaginer que les plus anciens droits dévoient être éteints en haine des nouveaux, ils se préparoient à payer aussi peu les uns que les autres. Je ne désavoue point que leur misère ne me fît regarder avec pitié leur rébellion, et que je n'eusse bien désiré que le soulagement qu'on leur accordoit eût été plus proportionné à leur maladie; mais le devoir l'emporta sur la compassion, et ne doutant point que Messieurs du Parlement n'eussent fait tout ce que le temps permettoit de faire, j'apportai la juste chaleur qui étoit nécessaire pour dissiper l'orage qui s'étoit formé. Je fis quelque sorte de justice de ceux qui avoient voulu se la faire à

I. Allusion à la cl<'claration royale du 22 octobre 1648, vérifiée en Parlement le 24.

46o APOLOGIE DE M. LE PRINCE

eux-mêmes, et, avec plus de réputation que de violence, je rétablis, en moins de huit jours, l'autorité du Prince, sans qu'il en coûtât la vie ni l'honneur à aucun de ses sujets *.

L'avis que j'en donnai à la cour y fut reçu apparemment d'assez bonne grâce ; on se loua de ma conduite et de mon crédit, et on fit semblant de croire que les circonstances des choses rendoient ce service assez signalé*; mais, si on le croyoit véritablement, je puis véritablement dire qu'il ne m'en parut rien; car ayant demandé de récompenser le gouvernement de Niort^, qui vaquoit par la mort de M. de Neuillan*, on le donna à Mademoiselle sa sœur^, sans daigner seulement me faire réponse ; et, lorsque la mort de M. de Chémeraut ^ fit vaquer les capitaineries de Civray et de Lusignan^, un homme que j'avois à la cour les ayant demandées en mon nom,

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