Qui ne se peuvent souffrir
Quelque temps devaut les troubles, le Cardinal voulant établir le siège de sa fortune en France , pour s'y appuyer de grandes alliances, avoit jeté les yeux sur le duc de Mercœur, qu'il destinoir pour épouser une de ses nièces*. Il lui avoit fait permettre qu'il vînt à la cour, que le duc de Vendôme retournât* en l'une de ses maisous*, et il avoit cessé sa persécution contre le duc dcBeaufort. Cela fit juger aux plus clairvoyants que le Cardinal, qui prévoyoit combien la protection de Monsieur le Prince lui seroit onéreuse avec \o temps, tentoit toutes les voles possibles pour s'en passer ; mais qu'il espéroit, ayant apaisé les mécontents de la Régence, et aussi par les nouveaux appuis qu'il prendroit, se délivrer de sa dépendance. Ce projet fut interrompu par la guerre, et repris quelque temps après la paix, lorsque la cour étoit à Compiègne, où le duc de Vendôme, qui y étoit, n'oublioit aucun soin "* pour le faire réussir. La Reine en parla à Monsieur le Prince, qui n'osa contredire cette proposition, soit qu'il n'en prévit pas ou méprisât les conséquences, ou plutôt qu'il craignît l'éclat qui arriveroit par ce refus **; mais Mme de Longueville*', qui s'étoit rétablie dans l'esprit de son frère avec plus de pouvoir qu'auparavant, poussée par des raisons qui regardoient ses plaisirs, préférablement à l'avantage de Monsieur le Prince, lui lit pénétrer l'intention du Cardinal, exagérant son ingratitude de s'allier avec la maison de Vendôme, ennemie de la sienne. En effet, Monsieur le Prince fut si fort touclié de ces discours que, par une mauvaise politique, il ne garda plus aucune mesure envers le Cardinal, et n'épargna ni raillerie ni invective contre sa personne et ce prétendu mariage. Le Cardinal, à qui ce procédé n'étoit pas inconnu, se plaignoit bautement de l'opposition que Monsieur le Prince faisoit au mariage de sa nièce avec le duc de Mercœur, puisqu'il ' ne s'étoit pas opposé à celui de Mlle d'Angoulême avec M. de Joyeuse^, affectant par cette comparaison une égalité
1. Sur ce projet de mariage entre le duc de Mercœur et Laure de Mancini, voyez ci-dessus, p. i^g et i5o.
2. Il lui avoit fait permettre de venir à la cour et au duc de Vendôme de retourner. (1688-1754.)