S'étoient rendus maîtres de ce prince
4. Claude de Bourdoille, comte de Montrésor, petit-neveu du célèbre Brantôme, avait gagné la faveur du duc d'Orléans, auprès duquel il remplissait les fonctions de grand veneur. Il fut très-mêlé aux intrigues des adversaires de Richelieu, puis de Mazarin. En i653, il lit sa paix avec la cour; il mourut en 1(503. Retz (tome I, p. 222) dit qu'il « avoit la mine de Caton, » mais qu'il « n'en avoit pas le jeu. » Voyez aussi Mme de Motteville, tome I, p. 36o. On a de lui des Mémoires, que nous avons déjà cités plus haut.
MÉMOIRES. [i636-i637] 47
que je ne susse rien de leurs desseins, je m'étonnai^ que le Cardinal, prévoyant et timide comme il étoit, se fût expose à la merci de ses ennemis , et qu'eux aussi, qui avoient tant d'intérêt à sa perte, eussent laissé échapper une occasion si sûre et si difficile à retrouver^.
Les progrès des Espagnols furent bientôt arrêtés : le Roi reprit Corbie ^, et la campagne finit plus heureusement qu'elle n'avoit commencé. Il ne me fut pas permis de passer l'hiver à la cour, et je fus obligé d'aller trouver mon père, qui denieuroit* dans ses maisons, et dont la disgrâce particulière n'étoit pas finie.
Mme de Chevreuse étoit alors reléguée à Tours, comme j'ai dit. La Reine lui avoit donné bonne opinion de moi : elle souhaita de me voir, et nous fûmes bientôt dans une très-errande liaison d'amitié. Cette liaison ne fut pas plus heureuse pour moi qu'elle l'avoit été pour tous ceux qui en avoient eu avec elle^ : je me trouvai ^ entre la Reine et Mme de Chevreuse; on me permeltoit ^ d'aller à l'armée, sans me permettre de demeurer à la cour, et en allant ou en revenant, j'étois souvent chargé, par l'une et par l'autre, de commissions périlleuses.
La disgrâce de mon père cessa enfin, et je revins avec lui auprès du Roi, dans le temps qu'on accusoit la Reine d'avoir une intelligence avec le marquis de Mi-
1. Et partit avec précipitation. Je m'étonnai. (1817, 26, 38.)
2. Voyez le récit de Retz, tome I, p. 140-142, et surtout celui de Montrésor, p. 296-298.
3. La place fut remise au comte de Soissons, le 14 novembre i636, après quinze jours de siège. Voyez les Mémoires de la Force y tome III, p. i8i-i85. Le Roi avait quitté l'armée à la fin d'octobre.