‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 92 sur 610 · Ces · texte numérisé non relu

Ces

4. Cet article particulier, relatif à Mme de Chevreuse, est ainsi conçu : « Comme notre dessein est de prévoir tous les sujets qui pourroient en quelque sorte troubler le bon établissement que nous faisons pour conserver le repos et la tranquillité de notre État, la connoissance que nous avons de la mauvaise conduite de la dame duchesse de Chevreuse, et des artifices dont elle s'est servie jusques ici pour mettre la division dans notre royaume, les factions et les intelligences qu'elle entretient au dehors avec nos ennemis nous font juger à propos de lui défendre, comme nous lui défendons, l'entrée de notre royaume pendant la guerre; voulons même qu'après la paix conclue et exécutée, elle ne puisse retourner dans notre royaume que par les ordres de ladite dame reine régente, avec l'avis dudit conseil, à la charge néanmoins qu'elle ne pourra faire sa demeure ni être en aucun lieu proche de la cour et de la- <iite dame reine. »

Cependant * la Reine et Monsieur , après avoir eu tant de marques de Faversion du Roi, cherchoient, chacun de leur côté, toutes sortes de \oies pour effacer les impressions qu'il avoit de leur conduite. J'ai su de M. de Cliavigny même qu'étant allé trouver le Roi, de la part de la Reine, pour lui demander pardon de tout ce qui lui avoit pu déplaire^, elle le chargea particulièrement de le supplier de ne point croire qu'elle fût entrée dans l'affaire de Chalais , ni qu'elle eût jamais trempé dans le dessein d'épouser Monsieur après que Chalais auroit exécuté la conjuration qu'il avoit faite contre la personne du Roi^. Il répondit à M. de Chavigny sans s'émouvoir : « En l'état où je suis, je lui dois pardonner *; mais je ne suis pas obligé de la croire. » La Reine et Monsieur croyoient séparément avoir droit à la Régence, à l'exclusion l'un de l'autre. Monsieur ne demeura pas longtemps dans cette pensée ; mais il crut devoir au moins être déclaré régent avec la Reine.

Tous ceux qui avoient souffert sous le cardinal de Richelieu attendoient avec impatience un changement , dont chaque particulier espéroit de profiter. Les intérêts différents des principaux du Royaume et des plus considérables du Parlement les obhgèrent bientôt à prendre parti entre la Reine et Monsieur, et, si les brigues qu'on faisoit n'éclatoient pas davantage, c'est que la santé du Roi, qui sembloit quelquefois se rétabhr, leur faisoit craindre qu'il ne fût averti de leurs pratiques, et qu'il ne fît passer pour un crime toutes les mesures que l'on prenoit sur sa mort'^.

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