La Rochefoucauld ne s'explique pas davantage sur ce qu'il
étolt (le plus intimement attache à Mme de Chevreuse, et elle savoit assez les voies les plus certaines de le gouverner; elle pressa donc son retour avec beaucoup d'instance ; elle en fit aussi pour rétablir le duc de Vendôme dans son gouvernement de Bretagne * , ou pour l'en faire récompenser par l'amirauté '. En ce
appelle « l'ancienne forme de gourernement ; » mais on peut le tenir quitte de plus amples développements sur ce sujet. La préoccupation du bien public n'était pas l'idée qui l'obsédait; ce ne fut pas ce mobile qui le jeta, comme on dirait de nos jours, dans l'opposition. Au reste, la Fronde des seigneurs, cette mutinerie sans aucune vue politique sérieuse et précise, n'était qu'une dernière convulsion de la féodalité aux abois. Encore est-ce beaucoup dire : les chefs de la coterie nobiliaire, qui suscita tant de difficultés à Mazarin, n'allaient pas, dans leurs revendications, jusqu'à se poser en champions irréconciliables du passé contre le présent : des places dans le conseil royal, des gouvernements, des pensions, tel était l'objet des convoitises toutes personnelles des Frondeurs. Un grand seigneur, comme la Rochefoucauld, nourri au sein des intrigues, a pu écrire que Richelieu « avoit commencé de détruire » l'ancienne forme de gouvernement; la vérité historique, c'est que l'ancienne forme reçut du Cardinal'le dernier coup, ou du moins un coup si terrible, que Louis XIV put bientôt penser et dire : « l'État, c'est xnoi. » — On peut rapprocher de ces mots que la Rochefoucauld jette là en passant et sans y attacher d'importance, les longues et éloquentes considérations auxquelles Retz, passionné après coup pour le bien public, se livre au tome I de ses Mémoires, p. 271 et suivantes.
1. César de Vendôme avait résigné le gouvernement de Bretagne, à sa sortie de prison, en i63o. Mazarin, pour ne pas lui rendre cette charge, usa d'un biais. Il amena la Reine à retenir pour elle le gouvernement de la Bretagne, et à s'y faire suppléer par un lieutenant général, titre qui ne convenait pas à un fds de Henri IV, mais dont pouvait s'accommoder la Meilleraye, qui le portait déjà depuis 1682.
2. Ou plutôt par la grand'maîtrise et surintendance générale de la navigation, qui avait remplacé en 1627 l'ancienne charge d'amiral de France, rétablie ensuite par Louis XIV en 1669. Le titulaire de la surintendance était alors Jean-Armand de Maillé, duc de Brezé, neveu du cardinal de Richelieu et beau-frère du duc d'Enghien. César de Vendôme y fut nommé en i65o.
même temps, pom- s'acquitter vers moi de ce qu'elle me croyoit devoir*, et pour donner dans le monde une opinion avantageuse de sa reconnoissance et de son crédit *, elle proposa avec empressement à la Reine d'ùter le Havre des mains du duc de Richelieu ', pour me le donner *, et la Reine y avoit consenti. C'étoit en même temps nie faire du bien par un établissement qui étoit utile à la Reine, et c'étoit entamer aussi les parents* du cardinal de Richelieu. La Reine n'étoit plus néanmoins en état d'entreprendre une affaire de cette importance sans l'approbation du cardinal Mazarin ' : il eut dessein de me nuire, et il le fit adroitement, en disant à la Reine qu'il suivroit toujours ses volontés avec soumission, mais qu'il ne pouvoit s'empêcher de plaindre les parents du cardinal de Richelieu, et de sentir leur abaissement avec une extrême douleur ; que la Reine me devoit trop de reconnoissance pour ne pas faire des choses extraordinaires pour moi, et qu'il n'y avoit personne de qui il souhaitât plus véritablement les avantages, tant que je n'en dépouillerois point la maison de Richelieu. De moindres raisons eussent suffi pour arrêter la Reine. Cette affaire l'embarrassoit néanmoins ; elle n'osoit faire voir à ]Mme de Chevreuse qu'elle lui manquoit de parole ; mais elle pouvoit encore moins se