Dont néanmoins il ne fut pas blessé. {Ms. H, réd. i
MÉMOIRES. [1649] i53
découvrir Tauleur de cette action, et il est difficile de juger par les suites qu'elle a eues si la cour la fît faire pour punir Joly, ou si les Frondeurs la firent de concert avec lui * pour avoir un sujet d'émouvoir le peuple et d'exciter une sédition ; d'autres ont cru que ce fut quelque ennemi particulier de Joly qui avoit voulu lui faire plus de peur que de mal ^. Le bruit en fut' aussitôt répandu dans Paris, comme un effet de la cruauté du Cardinal, et la Boulaye *, qui étoit attaché au duc de Beaufort', parut en même temps au Palais demandant justice au Parlement et au peuple de cet attentat contre la liberté publique. Peu de gens furent persuadés que son zèle fût aussi désintéressé qu'il vouloit le faire croire, et peu aussi se disposèrent à le suivre : ainsi le tumulte ne fut pas violent et ne dura guère ^. La présence de la
1. La firent {eux-mêmes ^ red. i.) de sa participation. {Ms. H, réd. I et a.) — Voyez à V Appendice, II, ix.
a. Joli raconte dans ses Mémoires (tome I, p. 97 et suivantes) que c'est lui-même qui, d'intelligence avec les principaux Frondeurs, se fit tirer le coup de pistolet par un gentilhomme i très-brave, dit-il, et très-adroit », nommé d'Estainville, pour provoquer une se'dition. Sur cet assassinat simulé, voyez Mme de MottevUle , tome III, p. loi et loa, et Retz, tome II, p. 553-556.
3. Mais quelque dessein que l'on ait eu dans cette rencontre, (e//e fut, réd. i) le bruit en fut, etc. (Ms, H, réd. i et a.)
4. Maximilien Echallart, marquis de la Boulaye, né en 1613, mort en 1668, qui avait épousé, en i633, une fille du duc de Bouillon la Marck, capitaine des Cent-Suisses,mort en ifi5a. Voyez Filleau de la Touche, Dictionnaire historique et généalogique des familles de Pancien Poitou, i84o-i854, tome II, p. 68 et fig ; Tallemant des Réaux, tome VI, p. 408 ; et Mathieu Mole, tome III, p. 454-
5. « Il étoit, dit Retz (tome II, p. SSj et 558), attaché à M. de Beaufort, qui le traitoit de parent ; mais il tenoit encore davantage auprès de lui par Mme de Montbazon, de qui il étoit tout à fait dépendant. J Retz l'appelle ce misérable ; Mme de Motteville (tome III, p. io3) se montre aussi très-sévère pour lui.
6. *Ne fut ni violent ni de longue durée. [Ms. H, réd. i.) — «: Il y eut seulement, dit Guy Joli (tome I, p. 102), quelques boutiques
Boulaye fit croire au peuple avec ' quelque vraisemblance que ce qui s'étoit passé étoil un artifice des Frondeurs pour intimider la cour et s'y rendre nécessaires; mais j'ai su depuis par un homme digne de foi, à qui la Boulaye l'a dit, que les raisonnements que l'on faisoit sur son sujet étoient bien éloignés de la vérité , et que, dans le moment que l'on vit quelque apparence de sédition dans l'affaire de Joly, le Cardinal lui donna un ordre d'aller au Palais, d'y paroître emporté contre la cour, d'entrer dans les sentiments du peuple, de se joindre à tout ce qu'il voudroit entreprendre, et de tuer ' Monsieur le Prince, s'il paroissoit pour apaiser l'émotion; mais le désordre finit trop tôt pour donner lieu à la Boulaye d'exécuter un si infâme dessein ^.
Cependant les esprits factieux d'entre le peuple * ne furent pas entièrement apaisés : la crainte du châtiment les fit rassembler le soir pour ^ chercher les moyens de s'en garantir. Dans la vue qu'avoit le Cardinal d'arrêter Monsieur le Prince, il voulut * auparavant le rendre irréconciliable avec les Frondeurs, et pour y réussir plus facilement^, il crut se devoir hâter de les faire paroî-
fermées en différents endroits de la Ville, et le princip.il effet de cette levée de bouclier fut qu'en un instant le pain fut enlevé dans tous les marchés au double du prix ordinaire, a Voyez aussi Montglat, tome II, p. 207.