L'état des choses. {Ms. H, réd. i et i
6. Après avoir parlé de cette « seconde ambassade » envoyée par les Frondeurs en Espagne (voyez ci-dessus, p. 191 , note 2), Mme de Motteville ajoute (tome III, p. 192 et igl) : « Le duc de la Rochefoucauld, fortement occupé désintérêts de Mme de Longueville, envoya Gourville l'avertir de ces favorables succès; et, bien instruite par lui de leurs desseins, elle n'oublia rien pour faire voir à la Reine et à toute l'Europe que si son cœur, suivant le tempérament de son âme un peu trop passionnée, avoit donné quelques marques de foiblesse , ce même cœur avoit toute la force et toute l'élévation qu'un illustre sang étoit capable de lui inspirer. Si la source de ses actions n'étoit pas tout à fait nette, on ne peut pas nier qu'il n'y eût toujours de la grandeur ; et s'il y a eu quelque chose de criminel, on peut dire que ce n'étoit que des crimes de lèse-majesté qui étoient honorables en ces temps-là. Le duc de la Rochefoucauld, qu'elle voyoit l'épée à la main pour la cause de son mari et de ses frères, lui donnoit lieu d'attribuer les considérations qu'elle avoit pour lui à l'utilité qu'ils en tiroient , et de faire valoir ses services pour réparation de tous les maux qu'ils souffroient poiu" avoir suivi ses conseils, u — Voyez sur cette négociation de Sillery, Lenet, tome I, p. 336-34o, et p. 369 et 870.
196 MEMOIRES. [i65o]
Cependant on laissa garnison dans Castelnau, et on se retira avec le reste des troupes à Blanquefort , qui est à deux lieues de Bourdeaux^ où^ le duc d'Épernon vint attaquer le quartier*. Les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld étoient retournés à Bourdeaux, et le Chambon*, maréchal de camp, commandoit les troupes. Elles étoient de beaucoup plus foibles que celles du duc d'Épernon ; néanmoins, bien que le Chambon ne pût défendre l'entrée de son quartier, les canaux et les marais qui en environnoient l'autre partie lui donnèrent moyen de se retirer sans être rompu et de sauver les troupes et tout le bagage. Sur le bruit de ce combat, les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld partirent de Bourdeaux avec un grand nombre de bourgeois, et, ayant joint leurs troupes, retournèrent vers le duc d'Epernon °, avec dessein de le combattre; mais le pays étant tout coupé de canaux, ils ne purent en venir aux mains. On escarmoucha longtemps de part et d'autre ; le duc d'Epernon y perdit quelques officiers et beaucoup de soldats ; il y en eut moins de tués du côté de Bourdeaux ; Guitaut et la Roussière v furent blessés®.
I . Blanquefort , distant de deux lieues de Bordeaux. {Ms. H, réd. I et 1.)