XXXVIII MEMOIRES
le parti pris traditionnel de nier d'emblée la sincérité du désaveu de 1662. Faut-il rappeler, une fois encore, les termes de ce désaveu : « Les deux tiers de l'écrit qu'on m'a montré.... ne sont pas de moi; l'autre tiers, qui est vers la fin, est tellement changé et falsifié dans toutes ses parties, etc.... » Ces deux tiers, ce sont la Guerre de Paris et tous les morceaux parasites qui gonflaient la première édition; l'autre tiers, c'est la seconde partie du récit, celle qui finit, comme il est dit dans l'édition Michaud et Poujoulat, aux troubles de l'Hôtel de Ville en i652. A quoi bon dès lors se débattre contre cette supposition que la Rochefoucauld, « afin de ne pas se donner à lui-même un démenti, « aurait recommencé son travail sous une forme différente ? Ce n'est point, en tout cas, la première partie, qui d'ailleurs n'était pas encore composée, comme le démontrent et l'extrait de Segrais et un passage même des Mémoires^, que l'auteur aurait recommencée, s'il eût voulu se mettre en paix avec sa conscience et avec la postérité; c'est la seconde qu'il aurait refaite, car c'était la seule qui pût exciter les légitimes susceptibilités de Mme de Longueville. Touchant la duchesse, le désaveu, nous l'avons vu^, n'allait pas sans une pointe d'ambiguïté préméditée; mais le duc pouvait-il, en galant homme, avouer publiquement les insinuations peu bienveillantes que ses rancunes mal éteintes avaient laissé échapper contre la sœur de Condé.' Quant à cette autre hypothèse, que la Rochefoucauld, après avoir écrit d'abord la première partie de ses Mémoires sous la forme personnelle que l'on connaît, y aurait, antérieurement même au désaveu, substitué la manière impersonnelle qu'on retrouve dans la Guerre de Paris, comme offrant plus de conformité avec le reste de l'ouvrage, c'est une conjecture invraisemblable , ruinée d'ailleurs par les précédentes observations, et qui va l'être bien davantage par la suite de cet exposé.
Nous avons noté les iransformations successives qu'a subies,