Cependant que. {Ms. H, réd. i s
296 MEMOIRES. [i65i]
Prince iroit à Bourdeaux, où il ctoit appelé par le Parlement et par le peuple , et où les Espagnols lui fourniroient des troupes , de l'argent et des vaisseaux , suivant le traité du marquis de Sillery avec le comte de Fuensaldagne , pour faciliter la levée des troupes qu'il devoit aussi faire en Guyenne ; que le comte du Dognon* entroit dans son parti, avec les places de Brouage, de Ré , d'Oleron et de la Rochelle ; que le duc de Richelieu feroit la même chose , et feroit ses levées en Xaintonge et au pays d'Aunis ; que le maréchal de la Force feroit les siennes en Guyenne, le duc de la Rochefoucauld en Poitou et en Angoumois, le marquis de Montespan^ en Gascogne, M. d'Arpajou* en Rouergue, et que M. de Marchin, qui commandoit l'armée de Catalogne, ne manqueroit pas de reconnoissance *.
1. Louis Foucault de Saint-Germain Beaupré, comte du Dognon, ou du Daugnion. Il s'était installé de son propre chef dans le gouvernement de Brouage , après la mort du duc de Maillé Brezé, dont il y était le lieutenant. Il fut promu au maréchalat en i653, et mourut en ifiSg. Voyez sur lui les Souvenirs du règne de Louis XIV^ par le comte de Cosnac, tome I, p. Siy-Sig.
2. Henri-Louis de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, qui épousa en i663 Françoise-Atliénais de Rochechouart, dont on connaît la liaison (i668-i683) avec Louis XIV.
3. Louis, marquis de Severac, duc d'Arpajon (i65i), était lieutenant général; il mourut en ifiyg.
4. Lors de l'emprisonnement de Condé en i65o, le comte de Marsin, dont l'attachement à Monsieur le Prince était connu, avait été arrêté. Rendu à la liberté en même temps que ce dernier, après une détention de treize mois, il avait recouvré, grâce à lui, son commandement en Catalogne. Retz raconte (tome III, p. 260, éd. Ch.) que, lorsque Condé prit le chemin de Guyenne, la Reine pensa tout de suite à gagner Marsin, et qu'elle lui envoya les patentes de vice-roi de Catalogne, qu'il désirait fort, en y ajoutant toutes sortes de promesses pour l'avenir; mais ces faveurs arrivèrent trop tard. Marsin, averti à temps de la marche de Monsieur le Prince, s'était déjà jeté dans le Languedoc avec ce qu'il avait pu débaucher de ses troupes.
MÉMOIRES. [i65i] 297
Tant de belles apparences fortifièrent le duc de Bouillon dans le dessein de s'engager' avec Monsieur le Prince, et il en donna encore sa parole au duc de la Rochefoucauld, aux conditions que j'ai dites''. Cependant Monsieur le Prince ne put engager si avant le duc de Longueville, ni en tirer ' aucune parole positive, quelques instances* qu'il lui en put faire, soit par irrésolution, soit parce qu'il ne vouloit pas appuyer un parti que Madame sa femme avoit formé, ou soit qu'il crût qu'étant engagé avec Monsieur le Prince, il seroit entraîné plus loin qu'il n'avoit accoutumé d'aller*.
Monsieur le Prince ne pouvant rien obtenir de lui, se rendit à Chantilly, où il apprit que de tous côtés on prenoit des mesures contre lui, et que, malgré les instances de M. le duc d'Orléans, la Reine n'avoit pas voulu retarder de vingt-quatre heures la nomination des trois ministres. Voyant donc les choses en ces termes, il crut ne devoir pas balancer à se retirer dans ses gouvernements. Il en donna avis dès l'heure même ^ à M. le duc d'Orléans, et manda à M. le prince de Conti et aux ducs de Nemours et de la Rochefoucauld, de se rendre le lendemain à Essaune ^, pour prendre ensemble le chemin de Mourond. Ce départ, que tout le monde
1. *Dans le dessein qu'il avoit de s'engager. [Ms. H, réd. i.)