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sorts, passe rapidement sur les faits, et laisse au lecteur le soin de faire ses réflexions. Il n'y a pas dans tous ses Mémoires une seule maxime ge'nérale'.
« 4° On trouve dans le premier je ne sais combien de tournures de bel esprit, dont il n'y a pas la moindre trace dans le second : par exemple, il met presque toujours sa narration au présent, ce qui n'est pas arrivé une seule fois à M. de la Rochefoucauld.
« 5° L'auteur de la Guerre de Paris paroît beaucoup moins instruit des intrigues de la cour que de celles de la ville et du Parlement, sur lesquelles il s'étend avec complaisance, au lieu que M. de la Rochefoucauld, comme cela devoit être, est plus au fait des intrigues de la cour que de celles de Paris et du Parlement, dont il ne dit presque rien.
« Voilà des observations que pouvoit faire facilement tout homme attentif, et il est singulier qu'elles aient échappé à Amelot de la Houssaie. En voici qu'il n'étoit pas à portée de faire, et qui sont d'une force encore plus grande.
« L'auteur de la Guerre de Paris et M. de la Rochefoucauld peignent les mêmes personnes de couleurs toutes différentes. J'en citerai pour exemple les portraits du cardinal de Retz, de Monsieur le Prince et de Mme de Longuevillc. Ils sont trèssatiriques dans l'anonyme. Nous avons dans la partie non imprimée de ce volume les trois mêmes portraits. A la vérité, celui du Cardinal n'est guère moins satirique, mais les traits en sont différents, et il est fait avec plus de bienséance^; ceux
1. Cette assertion n'est exacte que si l'annotateur entend ici, par « maxime générale », considération historique. Les maximes morales sont, au contraire, assez fréquentes dans les Mémoires.
2. Dans la Guerre de Paris, de Vincuil (p. Si/\ et SaS de notre édition), Retz, est rej)résenté comme « entaché d'une ambition extrême et d'un désir déréglé d'accroître sa fortune et sa réputation par toute sorte de voies. » La Rochefoucauld, bien qu'il ait été l'ennemi du Coadjuteur, n'a jamais eu, en peignant son adversaire, cette touche à la fois brutale et banale. Il dit de lui (p. m) qu'il « savoit feindre des vertus qu'il n'avoit pas ; » mais il lui accorde une a humeur désintéressée. » Vineuil, dont le style est souvent fort intempérant, parle du « puissant génie » de Retz ; la Rochefoucauld se contente de dire : « Il avoit de l'élévation et de
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de Monsieur le Prince et de Mme de Longueville sont tout à fait à leur avantage. Or, si l'auteur avoit été d'humeur à parler mal de deux personnes si puissantes et avec qui il avoit été intimement lié, cela se trouveroit plutôt dans le manuscrit que dans l'imprimé * .
l'esprit. J) Du reste, dans !e morceau apocrjphe, on n'aperçoit que coafusément le rôle du Condjuteur, si nettement indiqué dans les Mémoires authentiques. — Au sujet de Mme de Longueville, Yineuil prétend (p. SaS) qu'elle «; étoit piquée de l'indifférence que Monsieur le Prince avoit pour elle.i) La Rochefoucauld dit, au contraire (p. 94), que la duchesse était s si tendrement aimée du duc d'Enghien son frère, qu'on pouvoit se répondre de l'estime et de l'amitié de ce prince, quand on étoit approuvé de Madame sa sœur. )> Tout le monde sait aussi qu'un des passages les plus fameux de la Guerre de Paris, c'est ce coup de crayon à la Cn du portrait de Mme de Longueville, dont les « helles qualités, dit Vineuil ^'p. 5a5), étoient moins brillantes à cause d'une tache qui ne s'est jamais vue en une princesse de ce mérite, qui est que, bien loin de donner la loi à ceux qui avoient une particulière adoration pour elle, elle se transformoit si fort dans leurs sentiments, qu'elle ne reconnolssoit plus les siens propres. » V. Cousin remarque , dans son étude sur Madame de Sablé (i854, p- 207}, que ce portrait est << d'une touche trop fine pour n'être pas de la Rochefoucauld ; » nous retenons la louange au profit de Vineuil, qui, en effet, à travers toutes ses lourdeurs et ses incorrections, montre parfois un certain sens satirique assez fin et rencontre même quelques sentences heureuses (voyez, par exemple, p. 535, sa remarque sur Valr de notre nation); mais il est facile de comprendre que la Rocliefoucauld ne pouvait, en aucune façon, parler ainsi de la duchesse; un tiers observateur seul pouvait porter sur celle-ci un jugement si peu d'accord avec la prétention de la Rochefoucauld d'avoir été, sinon engagé, du moins retenu dans la Fronde par l'énergie et la persistance de la sœur de Condé : voyez à ce sujet notre A'otice biographique, au tome I.
I. Le raisonnement de l'annotateur est ici plus spécieux que satisfaisant, puisqu'on sait que le manuscrit de la seconde partie des Mémoires avait été dérobé tel quel à la Rochefoucauld, et livré, à son insu, à la publicité. D'ailleurs, si l'on en excepte le morceau de Vineuil, tout ce qu'il y a de plus désobligeant pour Mme de Longueville dans les premières éditions se retrouve dans le manuscrit définitif et authentique.
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« Enfin l'anonyme ne sait pas un mot des choses' qui concernent M. de la Rochefoucauld, dont il ne dit rien, ou dont il parle tout de travers (c'est de quoi l'on peut se convaincre par la comparaison de son ouvrage avec la partie non imprime'e de ce volume), au lieu que M. de la Rochefoucauld n'a eu d'autre objet que de raconter ce qu'il a vu et ce qui le concerne personnellement, comme il le déclare en dix endroits de ses Mémoires, tant imprimés que manuscrits^,
« La Retraite de M. le duc de Longueville dans son gouvernement de Normandie n'est pas non plus de M. de la Rochefoucauld, mais de Saint-Evremond.
« Ce qui suit dans l'imprimé jusqu'au Supplément aux relations des guerres de Paris et de Guyenne, exclusivement , est de M. de la Rochefoucauld.
« Tout le reste de l'imprimé est de différentes mains, qui me sont inconnues, à l'exception de Y Apologie de M. de Beaufort, qui est de Girard, auteur de la Vie du duc dÉpernon. »
Telle est , tout au long , la note inscrite en tête du manuscrit D de la Roche-Guyon. Cette mise au net, précieusement gardée dans les archives mêmes de la famille de la
1. Ces mots des choses sont, dans le manuscrit, au-dessus de de ce qui, biffe.
2. Dans la Guerre de Paris, de Vineuil, ce n'est qu'assez tard qu'il est question pour la première fois du prince de Marcillac ; encore ne s'agit-il de lui qu'incidemment (p. 526). Qui voudrait croire que le duc eût attendu jusque-là pour introduire son propre personnage, et qu'il lui eût à ce point marchandé l'espace ? Quelle différence aussi entre le vocabulaire de Vineuil et celui de la Rochefoucauld! Ce dernier eût-il jamais appelé le vieux Broussel un a martyr » (p. Sog), les membres du Parlement « dieux vengeurs et libérateurs, dieux tutélaires de la patrie (p. 5o5 et 607) » ? Eûtil parlé de « coup du Ciel » (p. 5o8), d'« une heureuse rencontre d'étoiles j) (p. 5 18)? Se fût-il jamais inquiété, en peignant le prince de Condé, qu'entre autres vertus il manquât au vainqueur de Rocroy « la piété » (p. SaS) ? Tout cela, pour nous borner à ces quelques exemples, n'est point de la langue de la Rochefoucauld. Nous ne parlons pas des constructions, des tours de phrase, qu'il est, croyons-nous, moins possible encore d'attribuer à l'auteur des Maximes, en supposant même qu'il n'en fût qu'à son début.
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Rochefoucauld , à côté de l'unique autographe des Maximes, offre manifestement tous les caractères d'une rédaction authentique et définitive. Voici d'ailleurs une preuve péremj)toire. Nous avons vu que la plus recommandable des douze copies conserv^ées à la Bibliothèque nationale était le manuscrit Harlay, qui nous présente, dans son double texte, le primitif et le corrigé , deux états différents et successifs des Mémoires. Or la seconde rédaction de ce manuscrit est la première du manuscrit D; toutes les corrections de l'un sont dans l'autre, sans rature ni surcharge; et de plus, de nouvelles retouches importantes sont le fruit, dans cette copie D, d'un travail encore plus récent, d'une troisième révision, qui relègue à un étage inférieur et intermédiaire la seconde rédaction du manuscrit liarlay, que donne aussi, nous l'avons dit, le manuscrit d'Arnauld. Et ce dernier remaniement n'a pas eu seulement pour résultat, comme l'avance un peu légèrement la note citée du volume D, « des changements peu importants dans le stj'le » : les dissemblances, comme on le verra par nos variantes, sont parfois considérables et pour la forme et pour le fond. Il y a même dans le texte que nous reproduisons des morceaux entiers qui ont été profondément modifiés', sans compter quelques développements ajoutés*. Au demeurant, cette mise au net' de la Roche-Guyon présente, d'un bout à l'autre, et surtout pour la seconde partie (p. i3o- 43 1), un texte où les dernières corrections ont eu avant tout pour objet de dégager la phrase, de couper ou de raccourcir les périodes, d'en ôter les mots parasites, particulièrement les conjonctions.
Le volume C de la Roche-Guyon ne contient que la partie des Mémoires qui va de 1649 à i65i. C'est un manuscrit inférieur à la copie Harlay, dont il ne donne que la rédaction première, et aussi, par conséquent, au manuscrit d'Arnauld. Une note inscrite en tête de cet iu-folio le distingue en ces ter-