‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 4)Chapitre 487 sur 616 · Louis Piédefer, baron de Chanlost, tué le 16 septembre · texte numérisé non relu

Louis Piédefer, baron de Chanlost, tué le 16 septembre

424 MÉMOIRES. [i652]

chassé la garnison. Villeneuve cVAgénois, où le marquis de Tcobon ' s'étoit jeté, fut la seule qui résolut de se défendre, et elle le fit avec tant de vigueur, que le comte d'Harcourt fut contraint de lever le siépre. Il sejourna peu en Guyenne, après cette petite disgrâce ; et, soit qu'il eût de véritables défiances de la cour, du qu'il crût que se rendant maître de Brisac , de Philisbourg et de l'Alsace, il pourroit y jeter les fondements d'un établissement assuré et indépendant, il partit de son armée comme un homme qui craignoit d'y être arrêté prisonnier, et se rendit à Philisbourg, avec toute la diligence possible^,

I. Rochefort de Saint-Angel, marquis de Théobon, était un gentilhomme protestant. Il périt glorieusement au passage du Rhin, en 1672 : voyez les Lettres de Madame de Sév'igné, tome III, p. i43.

3. Cet aline'a manque dans les anciennes éditions de la l'e série (1662-88), dont le texte, pour la fin des Mémoires, diffère notablement, en plusieurs endroits, du nôtre et de celui des éditions de la 2^ série. — D'Harcourt était gouverneur de Philipsbourg ; en joignant à cette place celle de Brisach, qu'on lui avait refusée à la mort d'Erlach, il se constituait un grand établissement sur les frontières de la France et de l'Allemagne. Cette place du Brisgau, aujourd'hui dans le grand-duché de Bade, cédée à la France par le traité de Westphalie, était fort enviée; Mazarin lui-même avait désiré de l'avoir pour soi, comme lieu de refuge ; ce fut même un des griefs dont la Fronde, en 1649, s'arma contre lui. En i65o, Tilladet, beaufrèi e de le Tellier, avait été nommé par le Cardinal gouverneur de Brisach; mais Charlevoix, qui commandait à titre provisoire dans la place, s'était révolté, en mars i652, contre le nouveau gouverneur. Fait prisonnier et conduit à Philipsbourg, il y trouva des officiers du comte d'Harcourt, par lesquels il fit proposer au commandant de l'armée royale de Guyenne de se rendre maître de Brisach au moyen de la garnison, toute dévouée à Charlevoix. D'Harcourt, qui était alors en train d'assiéger Villeneuve-d'Agen, accepta l'offre, quitta son armée (10 juillet) et, traversant clandestinement toute la France, comme avait fait Condé trois mois auparavant, il se rendit à Brisach, dont la garnison reconnut son autorité. Il ne tarda pas néanmoins à faire sa paix avec la cour, qui lui donna le gouvernement de l'Anjou, où il se retira.

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Cependant la maladie de Monsieur le Prince augmenloit, et, bien qu'elle fût très-violente, elle ne fut funeste qu'à M. de Cliavigny*; car, dans un éclaircissement fort aigre qu'il eut avec Monsieur le Prince, il en sortit avec la fièvre, qu'il prit de lui, et mourut peu de jours après*. Son malheur ne finit pas avec sa vie, et la mort, qui doit terminer toutes les haines, sembla avoir réveillé ' celle de ses ennemis. On lui imputa presque toute sorte de crimes ; on l'accusa même d'avoir écouté des propositions que la cour lui avoitfait faire par l'abbé Foucquet*, sans la participation de Monsieur le Prince^, et d'avoir promis de le faire relâcher sur des articles dont il ne se pouvoit départir. Il est vrai néanmoins que M. de Chavigny n'avoit vu l'abbé Foucquet que sur

I. Elle ne lui fut pas si funeste pour lui" qu'à M. de Chavigny. (Ms. H, réd. a.) — **Elle fut toutefois moins funeste pour lui que pour M. de Chavigny. {Ms. H, réd. i.)

3. Et dont il mourut peu de jours après. [Ms. //, réd. i.) — Il mourut le ii octobre, à l'âge de quarante-quatre ans. « Beaucoup ont dit, écrit Mademoiselle (tome II, p. i88), que c'étoit de saisissement de quoi Monsieur le Prince l'avoit gourmande. »

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