Voyez ci- dessus la note de la page
3. « La vérité, dit V. Cousin {la Jeunesse de Madame de Longucville 3e édition, p. 482, note i), est qu'on ne pouvait dépouiller M de Parabère; que M. de la Rochefoucauld eut la préférence sur M de la Trémouillepour traiter avec Parabère du gouvernement du Poitou et que ce gouvernement fut donné non pas au père , mais au fils, a MarciUac lui-même. C'était une grande faveur. La Rochefoucauld dut sans doute récompenser Parabère, comme on disait alors; le contraire eût été par trop extraordinaire. Fallait-il
45a ~ APOLOGIE DE M. LE PRINCE
tume ; et, soit qu'il témoignât un jour de l'afFection ou de rindifFérence pour ce traité, il ne manquoit jamais, dès le lendemain, de témoigner tout le contraire. Je reconnus à cela qu'il en vouloit faire notre amusement, et que, par l'interposition de ce fantôme, nous ôtant la vue de ce qui seprésentoit de plus véritable et de plus réel, il faisoit que toutes ces choses-là s'éclipsoientpour nous. Il est vrai que le gouvernement de Xaintonge et d'Angoumois lui servit encore de leurre pour nous abuser, et que, nous obligeant de rien, il le fit offrir à mon père, comme s'il eut cru que M. de Brassac* étoit mort, quoiqu'il sût très-bien qu'il étoit déjà hors de danger. Mais le soin qu'il prit à cacher sa fourbe la fit éclater ; et, de peur qu'on ne s'aperçût qu'il nous eût payés d'une gratification frauduleuse, ilnous entretint de l'espérance de cette charge, jusques à ce que celui qui la possédoit se sentit prêt à la quitter avec la vie. Ce fut lors que la sincérité de ce grand ministre parut en son jour, en ce qu'il permit, contre sa parole, à ce pauvre mourant de vendre une chose où, par manière de dire, il n'avoit plus rien, et qu'encore que sa mort précédât l'accomplissement de la vente, tout ce qu'elle changea en la condition de l'acquéreur fut qu'il ne lui coula qu'un remerciement de ce qui lui de voit coûter deux cent mille livres. Enfin M. de Montausier ^ eut en effet ce qu'on
donc que la Reine lui donnât l'argent que demandait Parabère? C'est là ce qu'à mots couverts demande la Rochefoucauld. »
I. Jean Galard de Béarn, comte de Brassac, gouverneur de Saintonge et d'Angoumois, chevalier des ordres. Il fut successivement ambassadeur à Rome, ministre d'État, et surintendant de la maison de la Reine. Né en 1679, il mourut le 14 mars i645. Voyez sur lui et sur sa femme, qui fut dame d'honneur d'Anne d'Autriche après Mme de Senecé, Tallemant des Réaux, tome IV, p. 386-389-
a. Voyez la note 3 de la page 76 des Mémoires.
peut dire * que M. de la Rochefoucauld avoit eu en songe quatre mois durant, et il fallut encore revenir au traité de Poitou. Mais, par une nouveauté assez surprenante, on fut étonné que le Cardinal fît continuer sous mon nom ce qui s'étoit commencé sous celui de mon père ; et, comme s'il se fût de soi-même repenti du tort qu'il m'avoit fait, et qu'il eût toutefois eu honte de s'en confesser, il se mit à me blâmer officieusement de ne m'aider pas assez auprès de la Reine ni auprès de lui; et m'ofTrant toutes les entrées qui pouvoient marquer la dernière familiarité, il sembla qu'il vouloit encore me faire aspirer à tous les effets de la dernière bienveillance ; mais cette nouvelle bonté n'eut que de l'écorce et de l'apparence, non plus que les autres, et ne servit qu'à me faire acheter trois cent mille livres un gouvernement que mon père avoit été contraint de bailler pour deux cent cinquante*, quand il n'y avoit point de quartier retranché '. Car jusques à la charge de maréchal de camp, que les ennemis de la Reine m'avoient fait offrir il y a six ans, qu'elle-même avoit accordée depuis la Régence à deux de mes amis que j'avois recommandés, et qu'elle ne m'avoit jamais refu-
1. Les mots qu'on peut dire ont été omis dans la i'« édition; de même, six lignes plus loin, eu après toutefois.
2. Voyez les Mémoires., p. 96 et note 7. — Ce fut en 1646 que la charge de gouverneur de Poitou passa aux mains du prince de Marcillac. Celui-ci arriva à Poitiers, au mois d'avril de l'année suivante, avec son père. Vojez le récit de son entrée, d&nsV Histoire du Poitou^ tome lU, p. 3o8.
3 . II s'agit des quartiers de rente. A l'époque où ce morceau fut écrit, on retenait déjà, depuis plusieurs années, aux rentiers un quartier et demi. Cette question des rentes fut, on le sait, un des objets principaux des délibérations de la fameuse chambre de Saint-Louis, qui, rédigeant ses propositions, stipula, par l'article 9, les mesures à prendre, en attendant que l'état des affaires permît de payer les quatre quartiers des rentes.
sée pour moi-même qu'à force de la trouver au-dessous de moi, elle me la refusoit alors pour des considérations bien diflcrentes, et on m'en fit autant de difficultés qu'on auroit pu faire si j'avois demandé à être maire du Palais. Le Cardinal s'obligea pourtant de m' envoyer le brevet dès que je serois à l'armée, pour peu que Monsieur le Prince, qui devoit en être généralissime, témoignât de le vouloir ou de l'approuver; et ce fut à cela que je commençai à connoître d'où m'étoit venu ce rayon de faveur si hors de propos; car, bien que cet officieux ne s'enquît de l'état où j'étois avec ce prince que pour la crainte qu'on peut s'imaginer qu'il avoit que je n'y fusse pas assez bien, j'aperçus, au travers de cette méchante finesse, qu'on lui avoit fait mon crédit plus grand qu'il n'étoit de ce côté-là, et que c'étoit sans doute la cause de toutes ces tendresses que j'avois trouvées si à contre-temps. Ce me fut une espèce de satisfaction de voir que ces Messieurs-là, ayant quelquefois de mauvais avis\ pouvoient prendre quelquefois de mauvaises mesures aussi bien que nous, et je dédaignai également de le fortifier dans cette créance et de l'en désabuser. Mais son erreur ne lui faisant rien hasarder contre son intérêt, il se tint ferme dans l'expédient qu'il avoit trouvé, afin de ne rien faire pour moi qu'avec certitude que je pusse faire pour lui. Il crut que, si j'étois fort bien avec Monsieur le Prince, je ne manquerois pas de l'y servir, pour mériter l'emploi que je demandois ; il crut que le même Monsieur le Prince lui sauroit quelque gré de me l'avoir accordé pour l'amour de lui, et il crut peut-être encore qu'il feroit valoir cela auprès de la Reine, en lui faisant voir que j'étois capable de plus d'un attachement.
1. Dans la i^e édition, amis, et, à la ligne précédente, ces Messieurs, sans là.
DE MARGILLAC. 455
Mais, d'autant que je témoignai de ne vouloir rien avoir que par elle, et que j'en écrivis de Courtray et de Mardick, comme j'en avois parlé à Amiens, tout le mal qu'il me put faire fut de retarder l'expédition que j' avois désirée, jusques à ce que mes blessures m'empêchèrent de m'en prévaloir*.
Voilà quelque partie des obligations dont je suis redevable à ce généreux et à ce bienfaisant ; voilà quelque partie des chaînes qui dévoient m' attacher à ses passions et à sa fortune. Mais je n'ai encore rien dit d'une grâce par laquelle il pensoit avoir achevé de me gagner le cœur, et il ne seroit pas raisonnable de la dissimuler. Si toutes les choses que j'ai rapportées jusqu'ici ont fait voir en ce premier ministre une opposition invincible à mon accroissement, elles n'v ont rien fait voir qui ne soit naturel à ceux qui ne viennent point avec une vertu toute surnaturelle à l'administration des Etats. Je n'avois point dû espérer d'un homme ordinaire qu'il souffrit que je m'élevasse jusqu'à l'empêcher de s'élever lui-même excessivement , et n'ayant jamais rien mérité de lui qu'une sorte d'estime qui n'étoit pas propre à m'en faire aimer, la Reine lui devoit vouloir plus de mal qu'à moi de celui qu'il me procuroit, puisqu'en l'obligeant de montrer un oubli apparent de tous mes services, il lui débauchoit insensiblement ses vrais serviteurs. Ce n'est pas que je ne puisse dire encore qu'il étendoit trop ce que la jalousie peut faire excuser en un ambitieux ; car il eût pu laisser faire des choses à mon avantage qui n'eussent jamais été en obstacle au sien, et ce n'étoit qu'à force d'îivoir le cœur bas qu'il n'y avoit rien de si petit qui ne lui fît ombre. Ce n'est pas que je ne pusse même lui reprocher ma mauvaise fortune, ainsi
I . Les coups de mousquet reçus au siège de Mardick : voyez les Mémoires, p. y8.
qu'un effet de sa mauvaise foi, puisque j'aurois eu de quoi me croire assez heureux, s'il m'avoit tenu quelque partie des choses qu'il m'avoit promises; néanmoins passons-lui pour justes toutes les injustices et toutes les infidélités que la crainte a pu lui faire commettre tandis qu'il n'a pas été assez assuré de son pouvoir; mais d'avoir fait survivre sa haine et sa perfidie au frêle et malheureux crédit qui sembloit les avoir attirées sur moi, et d'avoir affecté, depuis ma destruction, de me rendre les espérances qu'il m'avoit ôtées, pour avoir seulement nouvelle matière de me désobliger et de me trahir, c'est véritablement ce que j'aurois de la peine à lui pardonner, et que je ne puis m'empècher de faire connoître. Entre toutes les choses que la Reine avoit eu envie de faire pour moi, la première qui s'étoit présentée à elle avoit été de rendre à ma maison les prérogatives qu'on avoit données ou rendues à trois ou quatre autres, depuis vingt-cinq ou trente ans * ; et, parce que ses recommandations y pouvoient aussi peu que ses ordres , elle se satisfaisoit à renouveler, en toutes rencontres, les preuves que nous avions eues de cette intention. N'osant pas faire donner chez elle un siège à ma femme, elle n'en prenoit point elle-même, quand elle l'alloit voir ; elle demeuroit debout des heures entières à l'entretenir; elle lui protestoit de ne la laisser pas un moment en cette posture, si elle se voyoit jamais en état de l'en retirer, et elle la chassoit, avec des bontés qui ne se peuvent dire, dès qu'elle jugeoit que la foule de celles qui dévoient être assises * l'alloit obliger à s'asseoir. Je confesse qu'un plus prévoyant ou plus intéressé que je ne suis se fût prévalu sans doute de tant de favorables
1. Sur cette question des pre'rogatives et du tabouret, voyez les Mémoires^ p. lo 4-106.