‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 4)Chapitre 578 sur 616 · Le défaut pour vertu. (i662-i · texte numérisé non relu

Le défaut pour vertu. (i662-i

11. Étoit taché. (1688-1754.) — Dans l'édition de 1689, cachéy ce qui est sans doute une faute d"iropressi<>n.

dune ambition exlrême, et d'un désir dérëglé d'accroître sa fortune et sa réputation par toute sorte de voles ' : si bien que la fermeté de son courage et son puissant génie trouvèrent un triste et malbeureux objet, qui fut le trouble de l'Etat et la confusion de la ville capitale dont il étoit arcbevêquc. Or, comme il jugeoit que ce parti sans un clief ne pourroit pas subsister, il jeta les yeux sur Monsieur le Prince, qu'il tenta par de si fortes raisons, que l'on a dit qu'il en fut persuadé ou qu'il fit semblant de l'être; même qu'il avoit donné sa parole à Broussel et à Longucil de se mettre à leur tête, soit que cette parole ne fut pas véritable, et que le duc de Cliâtillon , qui négocioit de sa part avec les Frondeurs, l'eût avancée sans ordre par sa propre inclination, ou plutôt que Monsieur le Prince la donna exprès pour les empêcber de s'adresser à M. le duc d'Orléans durant son mécontentement*: tant y a qu'il détrompa ceux qui le sonpçonnoient de favoriser ces nouveautés.

Le Coadjuteur, se voyant hors d'espérance d'avoir un chef de cette considération, tourna ses pensées sur ^ le prince de Conti, dont la seule naissance a de grandes suites dans le Royaume. Ce prince, qui étoit mal satisfait de n'avoir pas place au Conseil, l'étoit * encore davantage du peu de cas que Monsieur le Prince faisoit de lui; mais, comme il étoit possédé entièrement par la duchesse de Longueville, sa sœur, qui étoit piquée de l'indifférence que Monsieur le Prince avoit pour elle, il s'abandonnoit sans réserve à tous ses sentiments''. Cette princesse, qui aura grande part à la suite de ces affaires, avoit tous les avantages de l'esprit et de la beauté en un si ® haut point, et avec tant d'agrément, qu'il sembloit que la nature avoit pris plaisir de former en sa personne un ouvrage parfait et achevé ; mais ces belles qualités étoient moins brillantes à cause dune tache qui ne s'est jamais vue en une princesse de ce mérite, qui est que, bien loin de donner la loi à ceux qui avoient une particulière adoration pour elle, elle se transformoit si fort dans leurs sentiments, qu'elle ne reconnoissoit plus les siens propres''.

1. Rapprochez du portrait de Retz par la Rochefoucauld, p. i lo et m.

2. Ce passage de Vineuil, depuis : « II jeta les yeux sur Monsieur le Prince », a été encore (voyez p. 519, note i) cité f.msseinent par M. Feillet, dans l'édition de Reiz (tome II, fin de la note 2 de la page loo), comme étant de la Rochefoucauld.

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