‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 4)Chapitre 598 sur 616 · Qui ne se peuvent souffrir · texte numérisé non relu

Qui ne se peuvent souffrir

APPENDICE AUX iMEMOIRES. 543

Quelque temps devant les troubles, le Cardinal voulant établir le siège de sa fortune en France , pour s'y appuyer de grandes alliances, avoit jeté les yeux sur le duc de Mercœur, qu'il destinoit pour épouser une de ses nièces'. Il lui avoit fait permettre qu'il vînt à la cour, que le duc de Vendôme retournât* en l'une de ses maisons^, et il avoit cessé sa persécution contre le duc de Beaufort. Cela Ut juger aux plus clairvoyants que le Cardinal, qui prévoyoit combien la protection de Monsieur le Prince lui seroit onéreuse avec le temps, tentoit toutes les voies possibles pour s'en passer ; mais qu'il espéroit, ayant apaisé les mécontents de la Régence, et aussi par les nouveaux appuis qu'il prendroit, se déliNTer de sa dépendance. Ce projet fut interrompu par la guerre, et repris quelque temps après la paix, lorsque la cour étoit à Compiègne, où le duc de Vendôme, qui y étoit, n'oublioit aucun soin ''pour le faire réussir. La Reine en parla à Monsieur le Prince, qui n'osa contredire cette proposition, soit qu'il n'en prévit pas ou méprisât les conséquences, ou plutôt qu'il craignît l'éclat qui arriveroit par ce refus **; mais Mme de Longueville", qui s'étoit rétablie dans l'esprit de son frère avec plus de pouvoir qu'auparavant, poussée par des raisons qui regardoient ses plaisirs, préférablement à l'avantage de Monsieur le Prince, lui lit pénétrer l'intention du Cardinal, exagérant son ingratitude de s'allier avec la maison de Vendôme, ennemie de la sienne. En effet, 3Ionsieiu' le Prince fut si fort touclié de ces discours que, par une mauvaise politique, il ne garda plus aucune mesure envers le Cardinal, et n'épargna ni raillerie ni invective contre sa personne et ce prétendu mariage. Le Cardinal, à qui ce procédé n'étoit pas inconnu, se plaignoit hautement de l'opposition que Monsieur le Prince faisoit au maiiage de sa nièce avec le duc de Mercœiu', puisqu'il ^ ne s'étoit j)as opposé à celui de Mlle d'Angoulême avec M. de Joyeuse^, affectant par cette comparaison une égalité

1 . Sur ce projet de mariage entre le duc de Mercœur et Laure de Mancini. voyez ci-dessus, p. 149 et i5o.

2. II lui avoit fait permettre de venir à la cour et au duc de Vendôme de retourner. (168 8- 17 54.)

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