Dans les exercices
6. I,e Prince avoit beaucoup perdu du [de 1G62 B, 1663, 1664) respect qu'il avoit pour le Cardinal. (1662-1.SJ8.)
Cardinal étant assez justement persuadé qu'il ne pouvoit engager 3Ionsieur le Prince à persévérer dans ses intérêts que par des apparences de nouveaux établissements, ou il lui en proposoit, ou il lui en faisoit proposer par ses créatures, dont il l'entretenoit quelque temps, et les éludoit dans la suite. Le Prince, assez éclairé de ses propres lumières, et peut-être de ceux mêmes qui se mêloient de ces commerces', s'aperçut du peu de sincérité du Cardinal, dont il ne douta plus après une telle rencontre*.
Le Cardinal ayant exhorté Monsieur le Prince d'acquérir le Montbéliard^, et envoyé d'Herval*, en apparence pour en faire le traité, avec ordre de ne rien conclure, d'Herval en avertit Monsieur le Prince, qui ne le put dissimuler; et, suivant le proverbe espagnol: Despues que te erré, nunca bien te quise'', il n'est pas étrange si le Cardinal, dans le soupçon qu'il avoit que Monsieur le Prince se vcngeroit de ce manquement, le voulut prévenir, même aux dépens des obligations essentielles qu'il lui avoit ®, puisqii'en matière de politique tous les moyens qui vont à conserver l'autorité, pourvu qu'ils soient sûrs, sont réputés honnêtes et légitimes. De ce discours il est aisé de voir que le Cardinal vouloit profiter de tous les événements, pour jeter Monsieur le Prince dans le précipice; cela se passa ainsi : la paix ne fut pas publiée, que l'on jugea qu'il étoit convenable'' au bien de l'Etat, tant pour les provinces que pour les dehors, que le Roi retournât en sa ville capitale ; mais les ministres ne pouvoient prendre la résolution de se renfermer si tôt parmi une populace irritée qu'ils venoient d'assiéger, et, comme la campagne approchoit , c'étoit un prétexte pour s'en aller sur la frontière, se préparer à quelque entreprise considérable; que ce-
1. De ce commerce. (1804. 26,38.) — De ses affaires. (1688-1754.)
2. Une telle rencontre, c'est-à-dire celle qu'on va raconter.
3. Le comté de Montbéliard (Doubs) appartenait alors à la maison de Wurtemberg. Voyez, sur cette proposition du Cardinal à Condé, les Mémoires de Retz, tome II, p. 53o.
4. D'Hervart (i688-i838); d'Herval (Madame de Motteville, tome IV, p. 398) ; Herballe [Retz, tome II, p. 53o et note 6). — Barthélémy Hervart, né à Âugsbourg, banquier de Mazarin, intendant des finances, puis contrô-
eur général (1657) ; il mourut à Tours en 1676.
5. « C'est-à-dire : « depuis que je t'ai trompé, je ns t'ai jamais voulu de « bien. » {Note de V édition de 1688.)
6. « Car c'étoit une de ses maximes qu'un ministre d'Etat ne doit pas être esclave de ses paroles ni de sa reconnoissance. » [Note de 1688.) — L'édition de 1689 ajoute : « et qu'il faut distinguer les intentions d'avec les promesses. »
7. Les éditions de 1662-1688, 1717, 1804, 26, 38 donnent un sens tout différent, et certainement faux : « La paix n'étant (comme la paix n'étoit, 1689-1754) pas publiée, l'on jugea qu'il n'étoit pas convenable, etc.... »
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pendant le temps calmeroit les esprits , et que le souvenir des choses passées s'y perdroit. En effet, Leurs Majestés, avec M. le duc d'Orléans, et le Conseil , allèrent à Compiègne ; mais Monsieur le Prince, pensant qu'il étoit de sa réputation de se faire voir à un peuple qui lui avoit donné tant d'imprécations, vint à Paris, et se montra par les rues, seul dans son carrosse. Il y attira plutôt le respect et la crainte que le ressentiment, tant la valeur a d'attraits envers ceux même qu'elle blesse. La plupart du Parlement et les principaux du parti le visitèrent durant cinq ou six jours, après lesquels il revint à la corn*, où la joie que le Cardinal avoit, qu'il lui eût ouvert le chemin de Paris, étoit tempérée par la jalousie de ses moindres actions. A son arrivée, le Cardinal voulant s'éloigner* un compétiteur aussi dangereux, lui proposa le commandement de l'armée de Flandres, qu'U ne voulut pas accepter par le goût qu'il avoit pris à régenter le cabinet : même il avoit dessein, s'en allant en son gouvernement de Bourgogne, de pacifier les mouvements de Guyenne et de Provence, qui étoient en armes par la mauvaise intelligence de leurs gouverneurs et des parlements'^. Mais le Cardinal et la Rivière éludèrent son entremise, à l'autorité de laquelle les intéressés avoient remis leurs différends, de crainte de donner encore ce surcroît à sa puissance. Pendant son séjour à Compiègne, il rallia auprès de lui le prince de Conti, les ducs de Nemours' et de Caudale*, M. le maréchal de Turenne, qu'il avoit raccommodé, et toutes les personnes de condition, et dans ses sociétés des plaisirs^ il ne dissimula plus le mépris qu'il faisoit du Cardinal et de M. de Vendôme et l'aversion qu'il avoit poiu" le mariage du duc de Mercœur. Il passoit plus avant, traitant de raillerie^ l'autorité royale, dont il venoit d'être le plus ferme appui; mais plutôt^ par la haine du Ministre que par un dessein formé d'élever la sienne sur ses ruines. Cette conduite donna des pensées au Cardinal, dès ce temps-là, contre sa liberté, s'il eût osé l'exécuter^; mais, outre® plusieurs raisons qui le retenoient, celle de sa bonne intelligence avec M. le duc d'Orléans étoit un obstacle à ce dessein, cai' Monsieur le Prince avoit agi avec son Altesse Royale, dans les affaires passées,