‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 4)Chapitre 79 sur 616 · Que j'allais me battre en duel · texte numérisé non relu

Que j'allais me battre en duel

tumé d'en avoir*. Elle me renvoya de la frontière', par un de mes gens, pour deux cent mille écus de pierreries, me priant de les recevoir en don si elle mouroit, ou de les lui rendre si elle me les envoyoit demander'. Le lendemain que Mme de Chevreuse fut partie, un courrier de Monsieur son mari* arriva à Tours, pour lui confirmer ce que je lui avois mandé de raccommodement de la Reine ; il étoit même chargé pour elle de quelques compliments de la part du Cardinal. Cet homme, étonné de ne la point trouver, s'adressa à l'archevêque de Tours, et lui dit qu'on se prendroit à lui de cette fuite. Ce bon homme, épouvanté de ces menaces, et affligé de l'absence de Mme de Chevreuse, dit tout ce qu'il savoit au couriner, et l'informa du chemin qu'elle devoit tenir; il dépêcha encore d'autres gens après elle, et lui écrivit tout ce qu'il crut capable de la faire revenir; mais ce vovage, qui avoit été entrepris par une fausse alarme, fut continué par la perte de cette route dont j'ai parlé ; son malheur et le mien lui firent quitter le chemin où on l'auroit sans doute retrouvée, et lui fit prendre celui de Yerleuil, pour me

I. Tallemant des Réaux, tome I, p. 4o5, rapporte les détails les plus singuliers. Mme de Chevreuse avait alors treute-sept ans, étant née presque avec le siècle, en décembre 1600.

a. De la frontière d'Espagne. (1817, 26, 38.) — \oyez dans V. Cousin, Madame de Cltet-reiise (^Appendice ^ p. 436-439)» V Extrait (le rinformation de la sortie de Mme de Chevreuse hors de France.

3. Voyez, dans le tome I, la note 4 de la page 295, et, plus loin, parmi les Lettres, une de notre auteur, en date de septembre i638, adressée à M. de Liancoiut.

4. Voyez ci-dessus, p. 4i note 3. — Leduc de Chevreuse envoya à Tours, avec autorisation du Cardinal, Boispille ou Boispillé, l'intendant de la maison de Chevreuse, porter à la duchesse une abolition pleine et entière du passé. Il arriva, non pas le lendemain de son départ, mais neuf jours après. Voyez V. Cousin, à Wtjjpendice de Madame de Clicvreuse, p. 428.

cliarCTer si à contre-temps de son passage en Espagne. Cette fuite ', si surprenante dans un temps où les affaires de la Reine s'étoient terminées avec beaucoup de douceur, renouvela les soupçons du Roi et du Cardinal, et ils crurent, avec apparence, que Mme de Clievreuse n'auroit pas pris un parti si extraordinaire, si la Reine ne l'avoit jugé nécessaire pour leur commune sûreté. Elle, de son côté, ne pouvoit deviner la cause de cette retraite, et plus on la pressoit d'en dire les raisons, et plus elle craignoit que le raccommodement ne fût pas sincère, et qu'on n'eût voulu s'assurer de Mme de Clievreuse pour découvrir par sa déposition ce qu'on n'avoil pu apprendre par la sienne. Cependant on dépêcha le président Vignier^ pour informer de la fuite de INIme de Clievreuse : il alla à Tours, et suivit la route qu'elle avoit tenue, et vint à Verteuil, où j'étois, interroger mes domestiques et moi sur ce qu'on prétendoit que j'avois enlevé INIme de Clievreuse, et que je Favois fait conduire dans un royaume ennemi. Je répondis, conformément à la vérité, que je n'avois point vu Mme de Clievreuse, que je n'étois point responsable d'un dessein qu'elle avoit pris sans ma participation, et que je n'avois pas dû refuser à une personne de cette qualité et de mes amies ' des gens et des chevaux qu'elle m'avoit envoyé demander; mais toutes mes raisons ne m'empêchèrent pas de recevoir * un ordre d'aller à Paris, pour rendre

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