Sur ce mouvement général de la cour pendant les derniers
Ce fut dans cette coujoiicture que je crus qu'il étoit très-important à la Reine d'être assurée de M. le duc d'Enghien*. Elle me pressa avec instance d'en chercher les moyens. J'étois particulièrement ami de Coligny^, en qui le duc d'Enghien avoit une entière confiance : je lui représentai les avantages que Monsieur le Duc pourroit trouver dans cette union, et qu'outre l'intérêt que la maison de Condé avoit de s'opposer à l'autorité de Monsieur, celui de l'État l'y obligeoit encore. Cette proposition fut reçue de ^I. le duc d'Enghien comme je le desirois : il me témoigna une extrême reconnoissance de l'avoir imaginée, et me laissa le soin de la faire réussir; mais, comme le commerce que j'avois avec lui eût pu aisément devenir suspect au Roi dans le temps qu'il venoit de lui donner le commandement de l'armée de Flandres, il désira que ce fût à Cohgnv seul à qui je rendisse les réponses de la Reine, et que lui et moi fussions uniquement témoins de leur intelligence. Il n'y eut aucune condition par écrit ; nous fûmes dépositaires, Coligny et
moments de Louis XIII et sur la situation à laquelle il aboutit, il faut rapprocher du récit de la Rochefoucauld le chapitre v du tome I des Mémoires de Mme de Motteville, qui, dans un préambule éloquent (p. gg et 100), expose c de quelle nature est le climat de ce pays qu'on appelle la cour — L'air n'y est jamais doux ni serein pour personne C'est une région venteuse, sombre et pleine
de tempêtes continuelles. Les hommes y vivent peu; et, le temps que la fortune les y laisse, ils sont toujours malades de cette contagieuse maladie de l'ambition , qui leur ôte le repos, leur ronge le cœur et leur envoie des vapeurs à la tête , qui souvent leur ôtent la raison. J
I. Le grand Condé, Louis II de Bourbon, qui prit le titre de prince de Condé à la mort de son père en 1646. Né à Paris le 8 septembre 1621, il mourut à Fontainebleau le 11 décembre 1686. — Son nom, dans le manuscrit D, est toujours écrit Ani^uien ou Enguien .
a. Maurice comte de Coligny, fils aine du maréchal de Châtillon. La Rochefoucauld raconte plus loin (p. 90-93) son duel
moi, de la parole que la Reine doniioit' au duc d'En- Cjhien de le préférer à jMonsieur, non-seulement par les marques ^ d'estime et de confiance, mais aussi par tous les emplois dont elle pourroit exclure IMonsieur, sans ie porter à une rupture ouverte. Le duc d'Enghien promettoit, de son côté, d'être inséparablement attaché aux intérêts de la Reine, et de ne prétendre que par elle toutes les grâces qu'il desireroit de la cour. Il partit peu de temps après pour aller commander l'armée de Flandres, et donner commencement aux grandes choses qu'il a depuis si glorieusement exécutées.
Le Roi voulut donner, dans la fin de sa vie, quelques marques de clémence, par un sentiment de piété, ou pour témoigner que le cardinal de Richelieu avoit eu plus de part que lui aux violences qui s'étoient faites depuis l'éloignement de la Reine mère. Il consentit' de faire revenir à la cour le duc de Vendôme * et ses deux fils^; les ducs d'Elbeuf^ et de Rellegarde', le maréchal de Bassompierre et le comte de Cramail, M. deChàteau-
avec le duc de Guise, duel îi la suite duquel il mourut (mai