AU COMTE DE GUITAUT
Ce i5 novembre [i664].
Vos raisons sont très-bonnes; mais, avec tout cela, vous ne laisserez pas de venir : vous serez même fort nécessaire ici à bien des choses que vous jugez bien. Pour moi, je vous y souhaite de tout mon cœur, pour mon seul divertissement, qui est fort grand d'être avec vous. Assurément nous aurions d'amples matières de conversation^ et votre entremise seroit utile ici à bien •des gens ; et, encore une fois, je crois que tout cela vous y fera venir, malgré que vous en ayez. J'ai mandé à un •de nos amis de demeurer où il est, jusqu'à ce que les affaires qui l'y retiennent soient achevées ; et comme elles doivent finir très-promptement, je m'imagine qu'il
<lu duc de Beaufort, avec lout ce qui s'est passé dans cette action. On verra par la lettre suivante quel fut le résultat final de l'entreprise.
16. Sur Anne de Gonzague de Glèves, princesse palatine, qui joua un rôle si important dans les intrigues de la Régence, voyez les Mémoires, p. 219 et note i. Elle était veuve, depuis l'année précédente (i663), du prince Edouard de Bavière.
Lettre 82. — Publiée dans le recueil de Lettres inédites de Mme de Sévigné (Klostermann, p. 276-278; Bossange, p. 291). Cette lettre est, comme la précédente, de i664, et adressée de même de Paris à Epoisse (voyez p. 170, note 4).
ly'l LETTRES.
TTÎTT^ saura bientôt sa destinée'. Je suis ravi que vous ayez si heureusement réparé la perte que vous aviez faite dans voire famille. Il n'y a guère de nouvelles ici. La Reine se porte mieux'-. On va danser un ballet ^ J'attends le retour de M. l'Esnet pour savoir à quoi m'en tenir de mon alïaire. Je parle souvent de vous avec ma voisine^ et elle m'est d'un grand secours. Vous lui seriez nécessaire ici aussi bien qu'à d'autres. Nous nous entendons bien sur mille choses. Je voudrois pourtant bien que nous en pussions parler à loisir. Je vous conjure de me mander si vous avez absolument résolu de ne point venir, quoi qu'on vous dise. Je ne sais quand je m'en irai, parce que j'ai ici des affaires ; mais, quelque hâte que je pusse avoir, je ne partirai point que je ne vous aie vu, quand même il vous faudroit donner un rendez-vous. Si j'apprends quelque chose aujourd'hui, digne de votre curiosité, je l'ajouterai à ma lettre avant qu'elle parte ; sinon contentez- vous-en, et me croyez plus sincèrement à vous que personne du monde.
I. 11 semble bien ici encore que l'ami désigné par la Rochefoucauld (rapprochez de la lettre précédente, note 8) est Gourville, qui, à la fin de i6()4, se trouvait à Bruxelles; voyez ses Mémoires, p. i-jlf.
3. On voit par les Mémoires de Mme de Mottevillc (tome IV, p. 362 et 363), que la Reine, alors grosse, était tombée dangereusement malade, le l\ novembre i664. Elle accoucha, le i6, d'une fille, Marie- Anne de France, qui vécut fort peu de temps (^Mémoires de Mademoiselle, tome IV, p. i3 et note i).
3. L'année i66/i vit de grandes fêtes à la cour, principalement à Versailles, en l'honneur de Mlle de la Vallière, dont la faveur était dans tout son éclat. C'est au printemps de i66/i qu'avaient eu lieu et le fameux Carrousel des Tuileries, à Paris, et les merveilleuses fêtes des Plaisirs de l'île enchantée, à Versailles.
4. On peut supposer qu'il s'agit ici ou de Mademoiselle de Monlpensier, qui demeurait alors au palais du Luxembourg, qu'elle avait hérité de son père en i66o, ou plutôt de Mme de la Fayette, qui habitait rue de Vaugirard, pas bien loin de l'hôtel de la Rochefoucauld situé rue de Seine.
Au reste, vous m'écrivez avec des façons que, si vous "TecT continuez, nous ferons comme les évêques.
Depuis vous avoir écrit, il est arrivé un courrier de Gigeri", qui dit que les Maures sont arrivés devant les lignes, et qu'ils ont mis du canon sur les hauteurs, dont ils ont rasé les deux tours : ce qui a fait prendre à nos gens le parti de se retirer dans ce qui leur restoit de vaisseaux. Je crois qu'ils ont laissé leurs chevaux et leurs malades. Le reste s'est embarqué sans avoir com battu. Il est demeuré ainsi quelque cinquante soldats qui ont mieux aimé se jeter dans la mer que d'attendre les ennemis. M. de Beaufort et M. de Vivonne^ étoient partis trois jours auparavant. H y a aujourd'hui quinze jours que cela est arrivée Gastelan^ arrive ici demain,