AU PÈRE RAPIN
Ce n'est pas assez pour moi de tout ce que nous disions hier : il me vient à tous moments des scrupules, et l'on ne sauroit jamais avoir trop de délicatesse pour un ami du prix de M. de la Chapelle-. C'est pourquoi, mon Très-llévérend Père, je vous supplie très-humblement de vous mettre précisément en ma place, et de vouloir être mon directeur pour tout ce que je dois à notre ami, avec autant d'exactitude que vous en avez pour les consciences. N'ayez, s'il vous plaît, aucun égard à l'intérêt des Maximes, et ne songez qu'à ne me laisser manquer à rien vers l'homme du monde à qui je A'eux le moins manquer. Je vous demande pardon de la liberté que je prends, mais M. de la Chapelle en est cause en toutes manières, et il m'a tellement assuré que j'ai quelque part à l'honneur de vos bonnes grâces.
Lettre 88. — D'après l'autographe, faisant partie de la collection de feu M. Ghambry. Celte lettre paraît être de 1666, époque où la Rochefoucauld préparait la seconde édition de ses Maximes : voyez, au tome l, p. 353 et note 3.
1. Le P. Rapin (René), auquel cette lettre est adressée, naquit à Tours, en 1621, et entra en i63g dans la Compagnie de Jésus. Il fut ordonné prêtre en i65i par le coadjuteur de Paris, le futur cardinal de Retz, et devint préfet des études au collège de Clermont (depuis Louis-le-Grand). Bien que jésuite, il fut lié avec bon nombre d'adeptes du jansénisme, et, en première ligne, avec Mme de Sablé. Il mourut à Paris en 1687. Ses Mémoires ont été publiés par M. Léon Aubineau, 3 vol. in-8°, i865. — Ily a de lui, dans les Poriefeuilles de Vallant (tome V, fol. 17^ et verso), un petit billet adressé, en 1675, à Mme de Sablé, où il parle d'une certaine salade mangée la veille au soir chez le premier président de Lamoignon et trouvée fort bonne : c'était une recette donnée par la marquise ; le R. P. se propose de venir en personne lui en demander le secret. Voyez le Port-Royal de Sainte-Beuve, tome V, p. 76, et comparez, pour une semblable demande de recettes, la lettre 70, p. iSg.
2. Sur cet ami du nom de la Chapelle, voyez la Notice relative au Discours sur les Maximes, tome I, p. 35i et suivantes.
• l88 LETTRES.
1666 que j'espère que vous m'accorderez celle que je vien& de vous demander, et de me croire à vous, avec toute l'estime et le respect imaginables.
La Rochefoucauld.
A Paris, le 12 de juillet.
A LENET
Quand je vous ai demandé des nouvelles, je n'ai pa& prétendu que vous vous donnassiez la peine de les écrire de votre main ; je ne voudrois, pour rien du monde, vous contraindre à ce point-là ; ordonnez à quelqu'un de vos gens de m'écrire ce que vous voudrez que je sache, et, quand il y aura quelque chose de particulier, vous l'ajouterez, quand vous n'aurez rien de mieux à faire ; mais je vous demande, pour mon soulagement comme ^ pour le vôtre, que je n'aie pas le scrupule de- vous assujétir à une régularité qui vous^ incommoderoit assurément ; je suis l'homme du monde pour qui vous devez le moins faire de façon. Je compte sur votre amitié, comme sur ce qui m'est de plus assuré; je vous conjure aussi de me faire la même justice, et de me croire à vous, et toute ma famille aussi, sans aucune réserve.
Je^ n'irai point à Barèges^, et je ne partirai d'ici que
Lettre 89. - — Manuscrits de Lenet, tome XXIV, foL i43, autographe ; cachets à demi conservés ; rien au dos. Cette lettre, sans date d'année, a été écrite en 1666, comme le prouve l'allusion à une expédition maritime : voyez ci-après, note 6.