A LENET. i
A Paris, ce 25 d'août [i652].
Je ne sais pas si M. Caillet' a une lettre pour moi, mais je ne l'ai point encore reçue. L'onavoit envoyé demander un passe-port à la cour- pour MM. d'Estampes' et Goulas*, et M. le comte de Fiesque% qui dévoient
voici ce que je fis sur l'air que l'on chante en votre Guvenne, Philis, ta légèreté, etc.. :
« Fronde au croc, si le Vilain S'en va tout de bon demain ; Mais, s il va plonger De peur du danger, Et qu'il revienne sur l'onde, Par ma foi, sans beaucoup songer.
Je reprendrai ma fronde. »
Marigny ajoute que le soir, à souper, dans le cabinet de Monsieur le Prince, il joignit au précédent couplet le suivant :
« Pèlerin, beau pèlerin, Remettez-vous en chemin.
Il faut que Gaston Et notre Bourbon Demeurent tous deux les maîtres.
Et pour vous, pauvre pantalon, Que vous tiriez vos guêtres. »
Lettre 25. — Manuscrits de Lenet, tome VIH, fol. 172 ; écrite par Gourville, vraisemblablement au nom du duc, bien qu'elle ne porte pas au dos la mention ordinaire.
I. Voyez p. 56, la note i de la lettre 22. — A la ligne suivante, devant reçue, un mot biffé, probablement eue.
a. A Compiègne, oià la cour était alors : voyez la lettre précédente, p. 64 et note 8.
3. Jaccpies d'Estampes, marquis de la Ferté-Imbaut, nommé maréchal de France en i65i, mort en i658, à l'âge de soixantedix-huit ans.
!t. Léonard Goulas, secrétaire des commandements et du cabinet du duc d'Orléans, et qu'il ne faut pas confondre avec son cousin germain, Nicolas Goulas, gentilhomme ordinaire du même prince et auteur de Mémoires dont la Société de l'Histoire de France vient de publier les deux premiers volumes.
5. Charles-Léon, comte de Fiesque, fils d'Anne le Veneur, com-
,t}52 aller, chargés de mémoires instructifs et arrêtés au Conseil, pour convenir avec la cour de Tamnistie, du rétahlissenient des choses au même état qu'elles étoient, et [de] l'éloignement des troupes. La cour a refusé le passeport®, qui", à mon sens, est une chose ridicule, quelque dessein qu'ils aient, je dis même quand ils nevoudroient point la paix, car au moins le font-ils voir à tout le monde, et, par une conférence, ils pouvoient rompre sur des intérêts particuliers, ce^ qui auroit bien embarrassé Monsieur le Prince. Cependant le Cardinal ne laisse pas de s'en aller ; il y a des nouvelles qu'il a passé à Reims. Tout cela ne fera que chipotage (le mot n'est peut-être pas bon, mais il n'importe'), jusques à ce que Monsieur le Prince et le Cardinal soient d'accord. Tout le monde le voit bien, et presque tous le souhaitent. Il n'y a présentement rien, mais je suis assez persuadé que le Cardinal renouera quelque chose, et qu'il se hâtera plus, se voyant hors de la cour, ne sachant pas
tesse de Fiesque (qui fut gouvernante de Mademoiselle de Montpensier), et frère aîné du chevalier de Fiesque, dont il a été question dans les Mémoires (p. 98). Il avait épousé Gillonne (l'Harcourt, dame d'honneur et aide de camp de Mademoiselle, dont il est parlé ci-après (^lettre 89, p. 108 et note 6). C'est le Pisistrate du Grand Cyrus, « l'idéal de l'important et du frondeur, brillant et bizarre mélange du galant et du politique, » dit de lui V. Cousin, dans la Société française au dix-septieme siècle, tome I, p. 21 5. On peut voir sur le comte de Fiesque les Mémoires de Retz (notamment tome I, p. 233 et note 3), ceux de Mademoiselle, de Mme de Molteville, et les Lettres de Guez de Balzac (édition de M. Tamizcv de Larroque, Paris, 1873, in-/i«).
ti. Voyez la Suite du Journal du Parlement, 29 août i652, p. i3o et i3i ; et les Mémoires de Retz, tome IV, p. 3o4.
7. Qui, au sens de ce qui. Le pronom «7s qui suit désigne la cour : voyez ci-après, la note i5.