L'édition de i665 n'a pas cette conjonction
5. Var. : qui vient de la fin du goût des choses. (i665.) — Il y a deux sortes d'inconstance : l'une qui vient de la légèreté de l'esprit, qui à tout moment change d'opinion, ou plutôt de la pauvreté de l'esprit, qui reçoit toutes les opinions des autres ; l'autre, qui est plus excusable, qui vient de la fin du goût des choses. (Manuscrit.)
io4 RÉFLEXIONS OU SENTENCES
comme les poisons entrent dans la composition des remèdes ' : la prudence les assemble et les tempère, et elle s'en sert utilement contre les maux de la vie. (ÉD. i*.)
GLXXXIII
Il faut demeurer d'accord, à l'honneur de la vertu, que les plus grands malheurs des hommes sont ceux où ils tombent par les crimes2, (éd. 5*.)
GLXXXIV
Nous avouons nos défauts, pour réparer par notre sincérité le tort qu'ils nous font dans l'esprit des autres 3.
(ÉD. I*
i. L'édition de i665 ajoutait ici : « de la médecine. » — Pascal (Pensées, article XII, 12) : « Nous ne nous soutenons pas dans la vertu par notre propre force, mais par le contre-poids de deux vices opposés, comme nous demeurons debout entre deux vents contraires. » — Selon Vauvenargues (Introduction à la Connoissance de l' esprit humain, livre III, £3, et Ier Discours sur la Gloire, Œuvres, p. 53 et p. 128), dans ce mélange, c'est la vertu qui domine, et le vice n'obtient point d'hommage réel : si les vices vont au bien, c'est qu'ils sont mêlés de vertus, de patience, de tempérance, de courage, etc.
2. Var. : Il faut demeurer d'accord, pour l'honneur de la vertu
par leurs crimes. (Manuscrit.') — Selon Vigneul-Marville, c'est-à-dire le chartreux dom Bonaventure d'Argonne (Mélanges d'histoire et de littérature, 1725, tome I, p. 325), « cette maxime a été faite pour le chevalier de Rohan, qui, après une vie d'aventures et de désordres, fut décapité en 167^. » — 11 nous paraît douteux que la Rochefoucauld ait eu particulièrement en vue le chevalier de Rohan ; sa pensée a une application plus générale, et par conséquent une portée plus grande.
3. Var. : Nous avouons nos défauts, pour réparer le préjudice qu'ils nous font dans l'esprit des autres, par l'impression que nous donnons de la justice du nôtre. (Manuscrit.) — Nous avouons nos défauts, afin qu'en donnant bonne opinion de la justice de notre esprit, nous répa-
ET MAXIMES MORALES. io5
Ilyades héros en mal comme en bien1, (éd. i.)
On ne méprise pas tous ceux qui ont des vices, mais on méprise tous ceux qui n'ont aucune vertu2, (éd. i.)
rions le tort qu'ils nous ont fait dans l'esprit des autres. (i665.)
— Mme de Sablé (maxime 16): « Il n'y a pas plus de raison de trop s'accuser de ses défauts que de s'en trop excuser : ceux qui s'accusent par excès, le font souvent pour ne pouvoir souffrir qu'on les accuse, ou par vanité de faire croire qu'ils savent confesser leurs défauts. » — Mme de Sablé dit encore (maxime 6) : « Être trop mécontent de soi est une foiblesse ; être trop content de soi est une sottise. » — Voyez les maximes i4g, 327, 383, 554, 609, la note de la maxime 3 1 5, et la 5e des Réflexions diverses.
1. Selon l'annotateur contemporain, le nom de héros ne s'emploie jamais à mal. — Duplessis (p. 167) fait observer que l'auteur « a voulu dire simplement que le crime donne la célébrité comme la vertu. »
— Peut-être la Rochefoucauld pensait-il. comme J. J. Rousseau (Discours sur la vertu la plus nécessaire aux héros), que la force d'àme est ce qui constitue le héros ; or cette force d'àme peut s'employer au mal comme au bien. — J. Esprit (tome II, p. 5a) : « Ne pour-
roit-on pas dire qu'il y a des héros en mal comme il y a des
héros en bien, puisqu'on voit des gens avoir dessein de rendre leurs crimes et leurs forfaits illustres ? »
a. Comme ce Crispinus dont parle Juvénal (satire iv, vers a) :
A vitiis monstrum nulla virtute redemptum.
«. Monstre que nulle vertu ne rachetait de ses vices. — Var. : « On peut haïr et mépriser les vices, sans haïr ni mépriser les vicieux; mais on a toujours du mépris pour ceux qui manquent de vertu. (i665.) — Les éditions de 1666 et de 1671, qui commencent comme celle de i665, finissent ainsi : « mais on ne sauroit ne point mépriser ceux qui n'ont aucune vertu. » — Le manuscrit disait plus vivement : « On hait souvent les vices; mais on méprise toujours le manque de vertu. » — La rédaction définitive ne date que de la 4e édition (1675).
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