‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 150 sur 469 · Var. : et enfin · texte numérisé non relu

Var. : et enfin

3. Var. : on pleure pour être plaint, ou pour être pleuré, et on pleure quelquefois de honte de ne pleurer pas. (Manuscrit et i605.) — Comme ceux dont parle Sénèque (de Tranquillitate animi, chapitre xv) : Plerique lacrymas fundunt, ut ostendant..., turpe judi-

cantes non Jlere. « La plupart versent des larmes pour les faire voir..., pensant qu'il y a de la honte à ne pleurer pas. » — Charron (de la Sagesse, livre I, chapitre xxxix) : « Faire l'attristé, l'affligé, et pleurer en la mort ou accident d'autruy, et penser que ne s'esmouuoir point ou que bien peu, c'est faulte d'amour et d'affection, il y a aussi de la vanité. »

!\. Var. : C'est par orgueil qu'on s'oppose avec tant d'opiniâtreté (Manuscrit.)

5. L'annotateur contemporain applique cette réflexion aux critiques.

ia6 RÉFLEXIONS OU SENTENCES

GGXXXV

Nous nous consolons aisément des digrâces ' de nos amis, lorsqu'elles servent à signaler notre tendresse pour eux2, (éd. i*.)

CGXXXVI

Il semble que l'amour-propre soit la dupe de la bonté, et qu'il s'oublie lui-même, lorsque nous travaillons pour l'avantage des autres : cependant c'est prendre le chemin le plus assuré pour arriver à ses fins ; c'est prêter à usure, sous prétexte de donner ; c'est enfin s'acquérir tout le monde par un moyen subtil et délicat 3. (éd. i*.)

i. Var. : Nous ne sommes pas difficiles à consoler des disgrâces

(Manuscrit et if)65.)

2. Var. : lorsqu'elles servent à signaler la tendresse que nous avons pour eux. (i665.) — lorsqu'elles servent à nous faire faire quelque belle action. (Manuscrit.*) — Pascal (Pensées, article VI, 34) : « Plaindre les malheureux n'est pas contre la concupiscence ; au contraire, on est bien aise d'avoir à rendre ce témoignage d'amitié, et à s'attirer la réputation de tendresse sans rien donner. » — Voyez les maximes 463 et 583.

3. Var. : Qui considérera superficiellement tous les effets de la bonté qui nous fait sortir hors de nous-mêmes, et qui nous immole continuellement à l'avantage de tout le monde, sera tenté de croire que lorsqu'elle agit, l'amour-propre s'oublie et s'abandonne lui-même, ou se laisse dépouiller et appauvrir sans s'en apercevoir, de sorte qu'il semble que l'amour-propre soit la dupe de la bonté : cependant c'est le plus utile de tous les moyens dont l'amour-propre se sert pour arriver à ses fins ; c'est un chemin dérobé, par oh il revient à lui-même, plus riche et plus abondant ; c'est un désintéressement qu'il met à une furieuse usure ; c'est enfin un ressort délicat avec lequel il réunit, il dispose et tourne tous les hommes en sa faveur. (i665.) — Le manuscrit est conforme au texte de i665, sauf les différences qui suivent : « .... et appauvrir sans s'en apercevoir, en sorte qu'il semble que la bonté soit la niaiserie et l'innocence de l'amour-propre : cependant la bonté est le plus prompt de tous les moyens dont l'amour-propre se sert — » — J. Esprit (tome I, p. 457) : « Le désintéressement est un chemin

GCXXXVII

Nul ne mérite d'être loué de bonté, s'il n'a pas la force d'être méchant1 : toute autre bonté n'est le plus souvent qu'une paresse ou une impuissance de la volonté 2.

(ÉD. I*

CCXXXYIII

Il n'est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes que de leur faire trop de bien 3. (éd. i*.)

contraire à celui qu'on tient ordinairement, par lequel les plus fins et les plus déliés parviennent à ce qu'ils désirent ; c'est le dernier stratagème de l'ambition. » — Duclos (tome I, p. 2^3, Considérations sur les mœurs de ce siècle, chapitre xiv) : « Il y a bien de prétendues amitiés, bien des actes de reconnoissance, qui ne sont que des procédés, quelquefois intéressés, et non pas des attachements. » — Voyez les maximes 81, 83 et 620.

1. Var. : s'il n'a la force et la hardiesse d'être méchant. (i665.)

2. Var. : ou une impuissance de la mauvaise volonté. (i665.) —

toute autre bonté n'est en effet qu'une privation du vice, ou plutôt la

timidité du vice, et son endormissement. (Manuscrit.) — Sénèque (épî-

tre xc) : Multum interest ulrum peccare aliquis nolit, an nesciat. « Il

y a une grande différence entre ne vouloir pas et ne savoir pas faire le mal. » — J. Esprit (tome I, p 23/i) : « La mollesse de la complexion des personnes débonnaires fait elle seule leur débonnaircté. » — Amelot de la Houssaye rappelle à ce sujet une réflexion de saint Bernard : Aon irasci ubi irascendum sit, nolle emendare peccatum est. « Ne pas s'irriter lorsqu'il y a lieu, c'est ne pas vouloir corriger le péché. » — Aimé-Martin (p 76) voit dans cette pensée de la Rochefoucauld une allusion au caractère d'Anne d'Autriche. — Rapprochez des maximes 387, 479 c^ ^1.

3. Var. : Il est plus dangereux de faire trop de bien aux hommes que de leur faire du mal. (Manuscrit.) — Aimé-Martin (p. 76-78) force ici, comme presque toujours, la pensée de l'auteur, qui n'entend sans doute parler que de l'ingratitude, de même que Sénèque, Tacite, Pascal et Mme de Sablé. — Sénèque (épitre lxxxi) : Periculosissima res bénéficia in aliquem magna conferre. « Rien de plus dangereux que de combler quelqu'un de bienfaits. » — Tacite (Annales, livre IV, chapitre xvm) : Bénéficia eo usque Ixta sunt, dum videntur

Rien ne flatte plus notre orgueil que la confiance des grands, parce que nous la ' regardons comme un effet de notre mérite, sans considérer qu'elle ne vient le plus souvent que de vanité, ou d'impuissance de garder le secret2, (éd. i*.)

exsolvi posse ; ubi multum antevenere, pro cjratia odium redditur. « Les bienfaits sont agréables tant qu'on croit les pouvoir acquitter ; dès qu'ils excèdent la reconnaissance, celle-ci se change en haine. »

— Pascal (Pensées, article I, i) : « Trop de bienfaits irritent. » — Mme de Sablé (maxime 12) : « Souvent les bienfaits nous font des ennemis, et l'ingrat ne l'est presque jamais à demi; car il ne se contente pas de n'avoir point la reconnoissance qu'il doit :" il voudroit même n'avoir pas son bienfaiteur pour témoin de son ingratitude. »

i. Les trois dernières éditions (1671, 1670, 1678) ont ici une même faute : les, pour la.

2. Var. . Rien ne nous plaît tant que la confiance des grands et des personnes considérables par leurs emplois, par leur esprit ou par leur mérite ; elle nous fait sentir un plaisir exquis, et élevé merveilleusement notre orgueil, parce que nous le (a) regardons comme un effet de notre Jidélité ; cependant nous serions remplis de confusion, si nous considérions l'imperfection et la bassesse de sa naissance, car elle vient de la vanité, de l'envie déparier, et de Timpuissance de retenir le secret : de sorte qu'on peut dire que la confiance est comme un relâchement de l'âme, causé par le nombre et par le poids des choses dont elle est pleine. (Manuscrit et i665.) — ainsi Ton peut dire que la confiance est quelquefois comme un relâchement de l'âme, qui cherche à se soulager du poids dont elle est pressée. (1666, 1671 et 1675.)

— J. Esprit (tome I, p. 181) parle également de ceux « qui se glorifient de ce qu'ils ont la confiance des princes, des ministres, et de tous ceux qui font figure dans le grand monde; — celte confiance ne leur plaît et ne leur enfle le cœur que parce qu'ils la regardent comme une preuve incontestable de leur mérite. » — Ducios (tome I, p. i54, Considérations sur les mœurs de ce siècle, chapitre vu) : « Quand ils (les gens en place) paroissent se livrer à leurs amis, ils

(a) Y a-t-il faute d'impression, et doit-on lire la ? ou le est-il pris au sens neutre ?

CGXL

On peut dire de l'agrément, séparé de la beauté, que c'est une symétrie1 dont on ne sait point les règles, et un rapport secret des traits ensemble, et des traits avec les couleurs, et avec l'air de la personne2, (éd. i*.)

CGXLI

La coquetterie est le fond de l'humeur des femmes3 ; mais toutes ne le mettent pas en pratique, parce que la coquetterie de quelques-unes est retenue par la crainte ou par la raison \ (éd. i*.)

ne cherchent qu'à se délasser par la dissipation. » — Voyez la 5e des Réflexions diverses.

i. Var. : Je ne sais si on peut dire de l'agrémente, sans la beauté, que c'est une symétrie (Manuscrit.')

2. Voyez la maxime 255 et la 3e des Réflexions diverses. — « Bonne définition, qui revient au Je ne sais quoi, » selon l'annotateur contemporain. — Cette expression : « je ne sais quoi, » est demeurée fort longtemps à la mode (voyez le P. Bouhours dans le Ve des Entreliens d'Ariste et d'Eugène, p. 322 et suivantes, 3e édition, Paris, 1671 ; et Montesquieu, dans le fragment intitulé : Essai sur le goût, tome VII, p. 98, Londres, 1769); de nos jours, elle n'a pas cessé d'être en usage, quoi qu'en dise Duplessis (p. 162) : c'est donc sans sujet qu'il se surprend à la regretter quelquefois.

3. Var. : La coquetterie est le fond (i6G5 : fonds) et l'humeur de

toutes les femmes. (Manuscrit et iG65.) — le fond et l'humeur delà

plupart des femmes. (1666.) — le fond et l'humeur des femmes.

(1671 et 1675.)

l\. Var. : est retenue par leur tempérament et par leur raison. (l665 et 1666.) — Voyez les maximes 169, 2o5, 220, 277, 332,. 334 et 3/19.

l3o RÉFLEXIONS OU SENTENCES

CGXLII

On incommode souvent les autres, quand on croit ne les pouvoir jamais incommoder '. (éd. i*.)

GCXLIII

Il y a peu de choses impossibles d'elles-mêmes, et 2 l'application pour les faire réussir nous manque plus 3 que les moyens 4. (éd. i*.)

La souveraine habileté consiste à bien connoître le prix des choses3, (éd. i*.)

i. Var. : On incommode toujours les autres (i665.) — On incommode d'ordinaire, quand on est persuadé de n'incommoder jamais. (Manuscrit.') — Voyez la maxime 622, et la 2e des Réflexions dioerses.

2. Var. : Il n'y a point de choses impossibles, et — (Manuscrit.')

Page 1