‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 179 sur 469 · Voyez les maximes 112, 207, 4a3 et · texte numérisé non relu

Voyez les maximes 112, 207, 4a3 et

5. Var. : Les coquettes feignent d'être jalouses..., tandis qu'elles ne sont çu'envieuses des autres femmes qu'elles craignent. (Manuscrit.)

i84 RÉFLEXIONS OU SENTENCES

GDVII

Il s'en faut bien que ceux qui s'attrapent à nos finesses ne nous paraissent aussi ridicules que nous nous le paroissons à nous-mêmes, quand les finesses des autres nous ont attrapés1, (éd. 4)

GDV1II

Le plus dangereux ridicule des vieilles personnes qui ont été aimables, c'est d'oublier qu'elles ne le sont plus2.

CDIX

Nous aurions souvent honte de nos plus belles actions, si le monde voyoit tous les motifs qui les produisent3. (ÉD. 4.)

i. C'est sans doute parce que chacun de nous pense toujours être plusjin que tous les autres, ce qui est impossible, selon la maxime 3g4, et le vrai moyen d'être trompé, selon la 127e. — Voyez aussi la 35oe. — Duplessis a omis un des deux nous, devant le paroissons .

2. On trouve la même réflexion dans la Bruyère (des Femmes, n° 7, tome I, p. l'jS), mais, selon son habitude, il en fait un tableau : « Une femme coquette ne se rend point sur la passion de plaire, et sur l'opinion qu'elle a de sa beauté : elle regarde le temps et les années comme quelque chose seulement qui ride et qui enlaidit les autres femmes ; elle oublie du moins que l'âge est écrit sur le visage. La même parure qui a autrefois embelli sa jeunesse défigure enfin sa personne, éclaire les défauts de sa vieillesse. La mignardise et l'affectation l'accompagnent dans la douleur et dans la fièvre : elle meurt parée et en rubans de couleur. » — Saint-Évremond avait déjà dit (Maxime, qu'on ne doit jamais manquer à ses amis. Œuvres mêlées, Barbin, 1689, p. 291) : « Les plus belles passions se rendent ridicules en vieillissant: » puis (ibidem, p. 293) : « Dieu n'a pas voulu que nous fussions assez parfaits pour être toujours aimables : pourquoi voulons-nous être toujours aimés ?» — Voyez les maximes 4 18, 4a3, 444, et la i5« des Réflexions diverses.

3. Swift dit de même : « Les motifs des meilleures actions ne

ET MAXIMES MORALES. i85

GDX

Le plus grand effort de l'amitié n'est pas de montrer nos défauts à un ami; c'est de lui faire voir les siens1. (ÉD. 4.)

CDXI

On n'a guère de défauts qui ne soient plus pardonnables que les moyens dont on se sert pour les cacher*. (ÉD. 4.)

GDXII

Quelque honte que nous ayons méritée, il est presque

supportent pas un examen trop sévère. » — Charron (de la Sagesse, livre II, chapitre m) : « Il ne se faut arrester aux actions ; ce n'est que le marc et le plus grossier, et souuent vne happelourde (« faux diamant, » selon Furetiere) et vn masque ; il faut pénétrer au dedans et sçauoir le motif qui fait iouer les cordes. » — Meré (maxime 2^3) : « La plupart des actions des hommes sont fardées, et n'ont rien que l'apparence. » — Mme de Sablé répond (maximes 71 et 75) : « Il vaut presque mieux que les grands recherchent la gloire, et même la vanité dans les bonnes actions, que s'ils n'en étoient point du tout touchés ; car encore que ce ne soit pas les faire par les principes de la vertu, l'on en tire au moins cet avantage, que la vanité leur fait faire ce qu'ils ne feroient point sans elle » — « Quand les grands espèrent de faire croire qu'ils ont quelque bonne qualité qu'ils n'ont pas, il est dangereux de montrer qu'on en doute; car en leur ôtant l'espérance de pouvoir tromper les yeux du monde, on leur ôte aussi le désir de faire les bonnes actions qui sont conformes à ce qu'ils affectent. »

1 . Amelot de la Houssaye cite à ce propos le proverbe espagnol : « Un vieil ami est pour nous le plus fidèle des miroirs. » No ay mejor espejo que el amigo viejo. — Duclos (tome I, p. 92, Considérations sur les mœurs de ce siècle, chapitre m) : « Les gens les plus unis, et qui s'estiment à plus d'égards, deviendroient ennemis mortels, s'ils se témoignoient complètement ce qu'ils pensent les uns des autres. »

2. Mme de Sablé (maxime 42) : « C'est augmenter ses défauts que

toujours en notre pouvoir de rétablir notre réputation1. (éd. 4*.)

CDXIII

On ne plaît pas longtemps quand on n'a qu'une sorte d'esprit2, (éd. 5.)

de les désavouer quand on nous les reproche. » — Voyez les maximes i3£, 202, l\'ô'] et 64 1.

1 . Var. : De quelque honte que l'on soit couvert, on peut toujours rétablir sa réputation. (Manuscrit.) — Surtout par une belle mort, comme ce Sempronius que Tacite nous montre s'offrant lui-même aux coups des meurtriers, et dont il dit (Annales, livre I, chapitre lui) : .... Constantia mortis haud indignus Sempronio nomine; vita degeneraverat. « Par la fermeté de sa mort, il ne fut pas indigne du nom de Sempronius, que sa vie avait démenti. »

2. Les maximes, à partir de celle-ci, appartiennent à la 5e et dernière édition, donnée par l'auteur en 1678, deux ans avant sa mort. — Selon Segrais (Mémoires, p. 86), cette réflexion, qu'il cite d'ailleurs inexactement, serait à l'adresse de Racine et de Boileau : « C'est à leur occasion, dit-il, que M. de la Rochefoucauld a établi la maxime que c'est une grande pauvreté de n'avoir qu'une sorte d'esprit, parce que tout leur entretien roule sur la poésie ; ôtez-les de là, ils ne savent plus rien. » — Le témoignage de Segrais est d'autant plus suspect que, dans le même recueil (p. 65), on le prend en flagrant délit d'interprétation malveillante, au moins contre Boileau. En citant cette pensée de Mme de la Fayette : « Celui qui se met au-dessus des autres, quelque esprit qu'il ait, se met au-dessous de son esprit, » il ajoute, de son chef: « Despréaux est de ces gens-là. » Sans doute, au moment où Segrais faisait cette application, Boileau n'avait point encore écrit (Art poétique, chant IV, vers 201), en invitant les poëtes à chanter le nom de Louis XIV :

Que Segrais, dans l'églogue, en charme les forêts.

C'est surtout en ce qui regarde Racine que l'observation de Segrais tombe tout à fait faux. Le grand tragique disait lui-même à ses fils : « Sans fatiguer les gens du monde du récit de mes ouvrages, dont je ne leur parle jamais, je me contente de leur tenir des propos amusants, et de les entretenir de choses qui leur plaisent. Mon talent, avec eux, n'est pas de leur faire sentir que j'ai de l'esprit, mais de leur apprendre qu'ils en ont. » (Mémoires sur la vie de Jean Racine ; voyez l'édition de M. Mesnard, tome I, p. 2o5 et 296.) — Saint-Simon, qui

CDXIV

Les fous et les sottes gens ne voient que par leur humeur1, (éd. 5*.)

CDXV

L'esprit nous sert quelquefois à faire hardiment2 des sottises3, (éd. 5.)

CDXVI

La vivacité qui augmente en vieillissant ne va pas loin de la folie*, (éd. 5.)

n'est pas suspect d'indulgence, dit dans ses Mémoires (tome II, p. 271) : « Personne n'avoit plus de fonds d'esprit, ni plus agréablement tourné; rien du poêle dans son commerce, et tout de l'honnête homme, de l'homme modeste, et, sur la fin, de l'homme de bien. » On sait enfin que Louis XIV, qui s'y connaissait, disait de Racine que personne à sa cour n'avait plus grand air; or le grand Roi n'eût point accordé un tel éloge à l'homme qui n'aurait eu que les habitudes et le langage d'un pédant. — Voyez les 2e et 16e Réjlexions diverses.

1. Var. : Le sot ne voit jamais que par l'humeur, parce qu'il ne peut voir par l'esprit. (Manuscrit.) — Or, selon la maxime 290, il y a plus de défauts dans l'humeur que dans Vesprit.

1. La 5e édition (1678) et celle de i6g3, qui en reproduit le texte, mettent hardiment après quelquefois. C'est sans aucun doute une faute. Nous suivons le texte de l'Appendice à la 4e édition (1675).

'6. Vauvenargues (maxime 806, Œuvres, p. 48o) : « Sans justesse, on est d'autant moins raisonnable qu'on a plus d'esprit. » — La Rochefoucauld a déjà dit même chose dans la maxime 34o, à propos de l'esprit des femmes. Voyez aussi la 16e des Réflexions diverses.

l\. L'annotateur contemporain trouve cette pensée belle et vraie, mais il ne croit pas que ce puisse être une règle universelle, et cite l'exemple de Monsieur de Meaux (Bossuet), dont le livre des Quiétistes (contre Fénelon) est plus animé que tous ses livres, quoiqu'il soit le dernier; mais il est présumable que la Rochefoucauld a voulu parler plutôt de la vivacité du caractère que de la vivacité de Vesprit.

CDXVII

En amour, celui qui est guéri le premier est toujours le mieux guéri', (éd. 5.)

CDXVIII

Les jeunes femmes qui ne veulent point paroître coquettes, et les hommes d'un âge avancé qui ne veulent pas être ridicules, ne doivent jamais parler de l'amour comme d'une chose où ils puissent avoir part2, (éd. 5.)

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Nous pouvons paroître grands dans un emploi audessous de notre mérite, mais nous paroissons souvent petits dans un emploi plus grand que nous3, (éd. 5*.)

i. Publius Syrus croit que, dans ce cas, on se guérit l'un l'autre :

Amoris vulnus sanat idem qui facit.

« En amour, la même main qui blesse, guérit. » — Voyez la note de la maxime 3a5.

2. Peut-être la Rochefoucauld pensait-il à lui-même, ou à d'Hacqueville (voyez, sur cet officieux et candide personnage, Mme de Sévigné, tome II, p. 5o8 et 509, p. 5a 1 et 5a 2). — Publius Syrus :

Amare juveni fructus est, crimen seni.

« L'amour est l'heureux privilège de la jeunesse, et la honte du vieillard. » — Meré {maxime i5i) : « L'amour est la honte des vieillards. » — Bussy Rabutin {Correspondance, Lettre au comte de Gramont, du 3 novembre 1677) : « Je suis d'accord avec lui {Saint- Evremond) qu'on peut faire l'amour toute sa vie, mais qu'il faut se cacher quand on vient à un certain âge. » — La Bruyère {de l'Homme, n° m) : « C'est une grande difformité dans la nature qu'un vieillard amoureux. » — Vauvenargues {maxime 678, Œuvres, p. 46y) : « Je plains un vieillard amoureux ; les passions de la jeunesse font un affreux ravage dans un corps usé et flétri. » — Voyez les maximes 4o8, ^23, 46i, et la i5e des Réflexions diverses.

3. Var. : Nous pouvons quelquefois paroître grands dans des em-

GDXX

Nous croyons souvent avoir de la constance dans les malheurs, lorsque nous n'avons que de l'abattement, et nous les souffrons sans oser les regarder, comme les poltrons se laissent tuer de peur de se défendre1, (éd. 5*.)

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La confiance fournit plus à la conversation que l'esprit2, (éd. 5.)

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Toutes les passions nous font faire des fautes, mais l'amour nous en fait faire de plus ridicules3, (éd. 5*.)

plois au-dessous de nous, mais nous sommes toujours petits dans ceux qui sont plus grands que nous ne sommes. (Manuscrit.) - Sénèque (épitre xvn) : Turpe est cedere oneri ; luctare cum ojjicio quod semel recepisti. « Il est honteux de se montrer au-dessous de sa charge; mettez-vous au niveau de votre emploi, dès que vous l'avez accepté. » — Voyez les maximes i64, 44g, et la 3e des Réflexions diverses.

1. Var. : ISTous croyons quelquefois supporter les malheurs avec constance, quand ce n'est que par abattement, et que nous les souffrons sans oser nous retourner, comme les poltrons, qui se laissent tuer de peur de se défendre. (Manuscrit.) — Dans les maximes ai, a3 et 5o4, l'auteur dit à peu près la même chose de la fermeté devant la mort.

a. La Bruyère (du Cœur, n° 78, tome I, p. 2i4): « L'on est plus sociable et d'un meilleur commerce par le cœur que par l'esprit. » — Vauvenargues (maxime 860, Œuvres, p. 485) : « On est encore bien éloigné de plaire, lorsqu'on n'a que de l'esprit. » — Mme de Sablé (en répondant à une lettre de la Rochefoucauld, du 2 août 1675, Portefeuilles de Vallant, tome II, f03 i54 et 1 55) aurait voulu qu'il expliquât dans cette maxime de quelle sorte de confiance il s'agit, parce que celle qui n'est fondée que sur la bonne opinion que l'on a de soi-même est différente de la sûreté que l'on prend avec les personnes à qui l'on parle.

3. Var. : L'amour nous fait faire des fautes, comme les autres passions, mais il nous en fait faire de plus ridicules. (Manuscrit.)

igo RÉFLEXIONS OU SENTENCES

CDXXIII

Peu de gens savent être vieux1, (éd. 5.)

CDXXIV

Nous nous faisons honneur des défauts opposés à ceux que nous avons : quand nous sommes foibles, nous nous vantons d'être opiniâtres2, (éd. 5.)

GDXXV

La pénétration a un air de deviner 3, qui flatte plus notre vanité que toutes les autres qualités de l'esprit*. (éd. 5*.)

CDXXVI

La grâce de la nouveauté et la longue habitude,

i. « C'est que personne ne veut l'être, » dit l'annotateur contemporain. — Cicéron (de Senectute, chapitre x) cite le proverbe latin qui recommande « d'être vieux de bonne heure, si l'on veut être vieux longtemps » : Mature fieri senem, si diu velis esse senex. — Publius Syrus :

Eheu ! quam miserum est fieri metuendo senem ! « Ah! quel malheur de devenir vieux, quand on craint de le devenir 1 » — La Rochefoucauld commente ainsi sa pensée dans sa lettre à Mme de Sablé, du 2 août 1675 : « Je sais bien que le bon sens et le bon esprit convient à tous les âges ; mais les goûts n'y conviennent pas toujours, et ce qui sied bien en un temps ne sied pas bien en un autre : c'est ce qui me fait croire que peu de gens savent être vieux. » — Voyez les maximes 112, 207, 210, 4o5, 4o8, 4i8, Wa, et la I^e des Réflexions diverses.

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