‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 203 sur 469 · DIX · texte numérisé non relu

DIX

Dieu a permis, pour punir l'homme du péché originel, qu'il se fît un Dieu 3 de son amour-propre, pour en être tourmenté dans toutes les actions de sa vie*.

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L'intérêt est l'âme de l'amour-propre 5, de sorte que comme le corps, privé de son âme, est sans vue, sans ouïe, sans connoissance, sans sentiment et sans mouvement, de même, l'amour-propre séparé, s'il le faut dire ainsi, de son intérêt, ne

i. La ire édition du Dictionnaire de l'Académie (1694) définit ainsi ce proverbe, à l'article Foargon : « Cela se dit d'un homme qui se moque d'un autre qui auroit autant de sujet de se moquer de lui. » — Montaigne {Essais, livre III, fin du chapitre v, tome III, p. 36 1) cite également ce proverbe sous cette forme : « Le fourgon se mocque de la paele. » — Rapprochez de la maxime 567.

2. Mme de Sablé avait repris dans le fonds commun cette pensée qui lui appartenait sans doute, car, dans le recueil de ses Maximes, on trouve sous le numéro 72 : « Ceux qui sont assez sots pour s'estimer seulement par la noblesse méprisent en quelque façon ce qui les a rendus nobles, puisque ce n'est que la vertu de leurs ancêtres qui a fait la noblesse de leur sang. » La Rochefoucauld a pu restituer sans regret cette réflexion assez insignifiante. — Meré {maxime 436) : « L'honnête homme ne se souvient jamais de sa noblesse que pour s'en rendre plus digne, c'est-à-dire pour devenir plus sage et plus vertueux. »

3. Biaise et Aimé-Marlin donnent cette maxime d'après une lettre à Mme de Sablé {Portefeuilles de Vallant, tome II, f° 256); leur texte porte, par erreur: « se fit un bien, » pour « se fit un Dieu. »

tx. Voyez la note de la maxime 4o,4.

5. « L'intérêt est l'ami de l'amour-propre. » {Edition de M. de Barthélémy.) — La même édition, à la ligne suivante, donne Die pour vue, et logiquement, après cette altération, elle remplace, trois lignes plus loin, voit par vit.

voit, n'entend, ne sent et ne se remue plus. De là vient qu'un même homme, qui court la terre et les mers pour son intérêt, devient soudainement paralytique pour l'intérêt des autres ; de là vient ce soudain assoupissement et cette mort que nous causons à tous ceux à qui nous contons nos affaires ; de là vient leur prompte résurrection lorsque, dans notre narration, nous y mêlons quelque chose qui les regarde : de sorte que nous voyons, dans nos conversations et dans nos traités, que, dans un même moment, un homme perd connoissance et revient à soi, selon que son propre intérêt1 s'approche de lui, ou qu'il s'en retire*.

DXI

Nous craignons toutes choses comme mortels, et nous desirons toutes choses comme si 3 nous étions immortels.

i . a Selon que son propre intérieur. » (Edition de M. de Barthélémy.) a. Cette maxime, que nous tirons du manuscrit de la Rocheguyon, se trouve aussi dans une lettre à Mme de Sablé ( Portefeuilles de Vallant, tome II, f° 1 5g). Biaise l'a placée à la suite des maximes définitives, et Aimé-Martin dans son Second supplément. Leur texte n'offre qu'une seule variante : « le soudain assoupissement, » pour « ce soudain assoupissement. » Le texte de Gaétan de la Rochefoucauld (Œuvres complètes, p. 466) n'a pas cette variante, mais quelques autres : « sans sentiment, sans mouvement.... l'amour-propre séparé... de {'intérêt.... ne sent et ne remue plus. » — Rapprochez des maximes i3g, 3i4, et de la 4e des Réflexions diverses. — Mme de Sablé dit à peu près de même dans sa maxime 29 : « Tout le monde est si occupé de ses passions et de ses intérêts, que l'on en veut toujours parler, sans jamais entrer dans la passion et dans l'intérêt de ceux à qui on en parle encore qu'ils aient le même besoin qu'on les écoute et qu'on les assiste. « — Elle dit encore dans sa maxime 3 : « Au lieu d'être attentifs à connoitre les autres, nous ne pensons qu'à nous faire connoitre nous-mêmes. Il vaudroit mieux écouter pour acquérir de nouvelles lumières, que de parler trop pour montrer celles que l'on a acquises. » — J. Esprit donne à son tour la même pensée, mais d'une façon singulièrement plate (tome II, p. 68) : « Toutes les conversations où l'on ne dit rien qui touche nos passions, ou qui flatte notre vanité, nous sont insupportables, et c'est de là que viennent ces distractions, ces langueurs et cette espèce de pâmoison où nous tombons, aussitôt que nous apercevons que celui qui nous entretient prend le train de parler seulement de lui-même et de ne rien dire pour nous. » — Meré dit avec plus de concision et de netteté (maxime 335) : « Qui veut qu'on suive ses sentiments doit feindre d'entrer dans ceux des autres. »

3. « — et nous les desirons toutes comme si.... » (Edition d'Amelot de la Houssaye.)

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