‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 25 sur 469 · oyez ci-dessus, p. xxi, note · texte numérisé non relu

oyez ci-dessus, p. xxi, note

2. Mémoires, p. ii3-ii6; et Mémoires de Gourcille, p. 221-223. — Ce fut la duchesse de Longueville qui envoya Gourville à Saint- Germain presser Contv et son mari de revenir à Paris : vovez dans VHistoire de France pendant la minorité de Louis XIV, de M. Chéruol (tome III, p. i54, note 2), une citation de la Barde (de Rébus fjaUieis, p. 4i2).

xxxvni NOTICE BIOGRAPHIQUE

ce n'est pas lui qui est en vue, c'est Beaufort, c'est d'Elbeuf, c'est Bouillon, c'est Betz ; c'est aussi la sœur de Condé, qui siège à l'Hôtel de Ville et même y accouche. Marcillac, en ces circonstances, n'a ni la supériorité du rang, ni celle du rôle, ni celle de l'habileté et de l'expérience : une chose lui reste en propre, sa bravoure', qui se prodigue dans les combats livrés autour de la ville. Atteint d'une grave blessure dans un de ces engagements2, il ne prend point part à la fin de la lutte, que l'arrivée des auxiliaires espagnols donnait les moyens de prolonger, mais qui se termina néanmoins par la lassitude du Parlement et du peuple3.

Une mousquetade « à bout touchant4 », c est tout ce que l'ambitieux Marcillac retirait de la première Fronde. La déconvenue dut lui paraître d'autant plus dure quepres que tous les autres fauteurs du mouvement avaient soigneusement stipulé leurs avantages dans le traité de Piueil ; mais on ne tarda pas à connaître que cette paix boiteuse et mal assisse n'était autre chose qu'une trêve armée. Condé, le sauveur de la cour

i. « Il n'a jamais été guerrier, » dit Retz dans ses Mémoires (tome II, p. i8iu), « quoiqu'il fût, ajoute-t-il, très-soldat. » Il « avoit plus de cœur, dit-il ailleurs (p. 262), que d'expérience. »

2. Mémoires, p. 124-129. Voyez aussi ceux de Gourville, p. 223 et 22^, et de Montglat. tome II, p. 109. — Le Courrier burlesque de la guerre de Paris (i65o) donne à la blessure (à la date du 20 février) ce plat souvenir, à rime grotesque :

Monsieur de la Rochefoucauld Et Monsieur de Duras le jeune Blessés par mauvaise fortune.

(C. Moreau, Choix de Mazarinades. tome II, p. 128.)

3. Vovez ci-après, à Yappendice v, 3° (p. r.v), la lettre écrite par le prince de Marcillac aux maire et échevins de Poitiers, à la veille de la conclusion de la paix de Piueil.

l\. Mémoires, p. 126. — « Ln fort grand coup de pistolet dans la gorge, » dit inexactement Retz, tome II, p. 263.

a Voyez la note a de cette page 181 .

SUR LA ROCHEFOLCAUD. XXXi*

et du Cardinal, faisait sonner bien haut ses services, et Mazarin, de son côté, avait pour maxime que la politique doit primer la reconnaissance. Obligé de rentrer à Paris, mais plein d'appréhension pour sa sûreté, l'adroit ministre travaille sans relâche à diviser les Frondeurs ; il s'efforce principalement de rendre Condé odieux au peuple, en le faisant passer pour l'auteur de tous les maux que le peuple a soufferts. Ses menées réussissent et la lutte s'engage vivement. Suspect en haut, impopulaire en bas, Monsieur le Prince se trouve pris, pour ainsi dire, entre l'enclume et le marteau. Impatient de sortir de celte situation intolérable, il s'imagine qu'il suffit de « faire peur » au Cardinal pour le dominer1. Il ne cesse dès lors de le heurter, de le desservir auprès de la Reine, ou d'exercer contre lui cet amer esprit de raillerie qui lui était naturel. Les occasions, à vrai dire, ne manquaient pas à sa vengeance. Mme de Longueville, sa sœur, n'était plus cette femme, presque uniquement occupée de coquetterie et d'intrigues galantes, qui naguère regardait derrière un rideau le duel de Guise et de Coligny ; elle était maintenant pleine d'ambition, ferme et résolue. Ce changement n'était-il dû qu'à l'influence de Marcillac ? Il est permis d'en douter ; tout au plus a-t-il contribué à mettre la belle duchesse dans le chemin de sa vocation. Mais, après avoir avivé le feu de son ambition naturelle, il eût été fort embarrassé de lui communiquer, par surcroît, cette fermeté politique qu'il ne posséda jamais lui-même. Mazarin ne s'y trompait pas ; il redoutait plus la duchesse que ses frères et surtout que la Rochefoucauld. Ce dernier ne laissait pas toutefois de se donner du mouvement : il est, à ce moment, l'intermédiaire par lequel s'entament les négociations des Frondeurs avec le duc d'Orléans. Toute cette agitation ne tarde pas à produire son effet. Condé, qui ne veut pas rester isolé entre la cour et la Fronde, se réconcilie avec les siens « et même avec Marcillac; » mais, huit jours après, il se ravise, et croit plus conforme à ses intérêts de revenir vers le Cardinal. Que fait alors celui-ci ? Il entre habilement dans les vues de Monsieur le Prince, et afin d'exciter de plus en plus ses prétentions, il feint d'avoir peur. La cour décide que désormais

i. Mémoires, p. i45.

xl NOTICE BIOGRAPHIQUE

on ne donnera plus de gouvernements ni de charges sans l'approbation de Condé, de son frère Gonty, de M. et de Mme de Longueville, et qu'on rendra compte à Monsieur le Prince de toute l'administration des finances. Par ricochet, Marcillac est pris au même piège : on affecte de le traiter comme un homme à craindre et à ménager1 ; on lui accorde, sur les instances de Condé, les honneurs du Louvre ; mais on a soin de susciter en même temps une assemblée de la noblesse pour réclamer contre cette faveur et en imposer la révocation b la cour2.

Ce désappointement fut cruel au protégé de Monsieur le Prince et à Monsieur le Prince lui-même, chez qui la méfiance reprit le dessus. Excité par Mme de Longueville, Condé retire tout à coup la parole qu'il avait donnée de consentir au mariage du duc de Mercœur avec une nièce de Mazarin. Ce fut le tour du Cardinal d'être irrité et désappointé : dès ce jour, l'arrestation et l'emprisonnement de Condé furent résolus dans son esprit, et c'est alors, comme dit la Rochefoucauld, qu'il « se surpassa lui-même3. » Tous les incidents ultérieurs, le coup de pistolet de Joli, l'attaque contre le carrosse de Monsieur le Prince1, sont autant de machinations ourdies par le Cardinal afin de brouiller irrévocablement Condé avec les Frondeurs, et de l'amener à se livrer lui-même. Quand la rupture est complète, le vainqueur de Rocroy, son frère Conty et le duc de Longueville sont arrêtés au Palais-Royal, dans l'appartement de la Reine, et, le même jour, ils sont conduits à Vincennes3. On voulait arrêter en même temps Marcillac6 et

i. « Il — fut traité comme un homme que la Reine avoit lieu de craindre, et qu'il falioit ménager. » (Mémoires de Mme de Motteville, tome II, p. 443.)

2. Voyez l'Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, par M. Chéruel, tome III, p. 009 et suivantes, et. à VAppcndire du même volume, p. 4i9 42i, un « Extrait du Journal de Dubuisson-Aubenay sur l'opposition de la noblesse aux honneurs accordés à quelques familles (octobre 16^9). »

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