La version de Brotier n'a pas cette phrase
blesser les sentiments des autres, ni paroître choqué de ce qu'ils ont dit1. Il est dangereux de vouloir être toujours le maître de la conversation, et de parler trop souvent d'une même chose2 ; on doit entrer indifféremment sur tous les sujets agréables qui se présentent, et ne faire jamais voir qu'on veut entraîner la conversation sur ce qu'on a envie de dire3.
Il est nécessaire d'observer que toute sorte de conversation, quelque honnête et quelque spirituelle qu'elle soit, n'est pas également propre à toute sorte d'honnêtes gens : il faut choisir ce qui convient à chacun, et choisir même le temps de le dire ; mais s'il y a beaucoup d'art4
1. « Il ne faut jamais rien dire avec un air d'autorité, ni montrer aucune supériorité d'esprit ; fuyons les expressions trop recherchées, les termes durs ou forcés, et ne nous servons point de paroles plus grandes que les choses. Il n'est pas défendu de conserver ses opinions, sf'elles sont raisonnables ; mais il faut se rendre à la raison aussitôt qu'elle paroît, de quelque part qu'elle vienne : elle seule doit régner sur nos sentiments ; mais suivons-la sans heurter les sentiments des autres, et sans faire paroître du mépris de ce qu'ils ont dit. » (Édition de Broder.")
2. « De la même chose, » dans l'édition de Duplessis, qui, à la ligne suivante, omet tous devant les sujets.
3. « Il est dangereux de vouloir être toujours le maître de la conversation, et de pousser trop loin une bonne raison quand on l'a trouvée. L'honnêteté veut que l'on cache quelquefois la moitié de son esprit, et qu'on ménage un opiniâtre qui se défend mal, pour lui épargner la honte de céder. On déplaît sûrement quand on parle trop longtemps et trop souvent d'une même chose (voyez la maxime 3i3), et que l'on cherche à détourner la conversation sur des sujets dont on se croit plus instruit, que les autres : il faut entrer indifféremment sur tout ce qui leur est agréable, s'y arrêter autant qu'ils le veulent, et s'éloigner de tout ce qui ne leur convient pas. » (Édition de Brotier.)
l\. « Toute sorte de conversation, quelque spirituelle qu'elle soit, n'est pas également propre à toutes sortes de gens d'esprit : il faut choisir ce qui est de leur goût, et ce qui est convenable à leur condi- ■ tion, à leur sexe, à leurs talents, et choisir même le temps de le dire. Observons le lieu, l'occasion, l'humeur où se trouvent les personnes qui nous écoutent, car s'il y a beaucoup d'art.... » (Ibidem.) — Rapprochez de la maxime 79.
2q4 RÉFLEXIONS DIVERSES.
à savoir parler à propos1, il n'y en a pas moins à savoir se taire. Il y a un silence éloquent2 : il sert quelquefois à approuver et à condamner ; il y a un silence moqueur ; il y a un silence respectueux ; il y a enfin des airs, des tons et des manières 3 qui font souvent ce qu'il y a d'agréable ou de désagréable 4, de délicat ou de choquant dans la conversation ; le secret de s'en bien servir est donné à peu de personnes ; ceux mêmes qui en font des règles s'y méprennent quelquefois ; la plus sûre, à mon avis, c'est de n'en point avoir qu'on ne puisse changer, de laisser plutôt voir des négligences dans ce qu'on dit que de l'affectation, d'écouler, de ne parler guère, et de ne se forcer jamais à parler5.