‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 276 sur 469 · Des rapports. » (Ibidem · texte numérisé non relu

Des rapports. » (Ibidem

4- En langage de vénerie, ce sont les lévriers que l'on emploie à courre la grosse bête, le loup et le sanglier, par exemple.

5. On appelle proverbialement chiens de jardinier, les gens qui ne La Rochefoucauld, i 30

3o8 RÉFLEXIONS DIVERSES.

guenons qui plaisent par leurs manières, qui ont de l'esprit, et qui font toujours du mal ; il y a des paons qui n'ont que de la beauté, qui déplaisent par leur chant, et qui détruisent les lieux qu'ils habitent.

Il y a des oiseaux qui ne sont recommandables que par leur ramage et par leurs couleurs. Combien* de perroquets, qui parlent sans cesse, et n'entendent jamais ce qu'ils disent ; combien de pies et de corneilles, qui ne s'apprivoisent que pour dérober ' ; combien d'oiseaux de proie, qui ne vivent que de rapines ; combien d'espèces d'animaux paisibles et tranquilles, qui ne servent qu'à nourrir d'autres animaux 1

Il y a des chats, toujours au guet, malicieux et infidèles, et qui font patte de velours ; il y a des vipères, dont la langue est venimeuse, et dont le reste est utile 2; il y a des araignées, des mouches, des punaises et des puces, qui sont toujours incommodes et insupportables ; il y a des crapauds, qui font horreur et qui n'ont que du venin ; il y a des hiboux, qui craignent la lumière.

savent ni faire, ni laisser faire, parce que les chiens qui gardent les jardins ne mangent ni légumes ni fruits, et n'en laissent pas prendre. — Voyez le tome V des Lettres de Mme de Sévigné, p. 3i6 et note 9.

1 . La célèbre histoire de la Pie voleuse s'est passée au dix-septième siècle.

2. On sait que la thériaque est une sorte d'opiat dans lequel il entre de la chair de vipère. — La vipère était un remède autrefois fort à la mode. Mme de Sévigné, dans sa lettre du ao octobre 1679 (tome VI, p. 58), raconte à sa fille que l'amie de la Rochefoucauld (Mme de la Fayette) prend des bouillons de vipères qui lui donnent des forces à vue d'œil. Ailleurs, Charles de Sévigné conseille trèssérieusement à sa sœur de couper des vipères par morceaux, d'en farcir le corps d'un poulet, et d'en faire ainsi manger au comte de Grignan. « C'est à ces vipères, dit-il, que je dois la pleine santé dont je jouis. » (Lettre du 8 juillet i685, tome VII, p. /J20 et A21.) Mme de Sablé tenait école de droguerie, aussi bien que de friandise (voyez V. Cousin, passiiri) ; il y a dans ses papiers (Portefeuilles de Vallant) diverses recettes de médecine où les vipères tiennent une grande place.

Combien d'animaux qui vivent sous terre1 pour se conserver ! Combien de chevaux, qu'on emploie à tant d'usages, et qu'on abandonne quand ils ne servent plus ; combien de bœufs, qui travaillent toute leur vie, pour enrichir celui qui leur impose le joug ; de cigales 2, qui passent leur vie à chanter ; de lièvres qui ont peur de tout ; de lapins, qui s'épouvantent et se rassurent en un moment3; de pourceaux, qui vivent dans la crapule et dans l'ordure; de canards privés, qui trahissent leurs semblables, et les attirent dans les filets4 ; de corbeaux et de vautours, qui ne vivent que de pourriture et de corps morts ! Combien d'oiseaux passagers qui vont si souvent d'un monde à l'autre, et5 qui s'exposent à tant de périls, pour chercher à vivre ! combien d'hirondelles, qui suivent toujours le beau temps ; de hannetons, inconsidérés et sans dessein ; de papillons qui cherchent le feu qui les brûle ; Combien d'abeilles, qui respectent leur chef, et qui se maintiennent avec tant de règle et d'industrie ! combien de frelons, vagabonds et fainéants, qui cherchent à s'établir aux dépens des abeilles ! Combien de fourmis, dont la prévoyance et l'économie soulagent

i. « Sur terre. » (Edition de M. de Barthélémy.)

a. Le texte de M. de Barthélémy a « des cigales, » et de même des. et non de, devant tous les noms d'animaux, jusqu'à la fin de la phrase.

3. « Qui s'épouvantent et rassurent. (Édition de M. de Barthélémy.) — On trouvera plus loin, à l'Appendice, la fable de la Fontaine, les Lapins, dont la Rochefoucauld lui avait fourni le sujet.

l\. On peut voir dans l'Histoire naturelle de Buffon (édition annotée par M. Flourens, Paris, i854, tome VIII, p. 467 et suivantes) une intéressante description faite par un habitant de Montreuil-sur-Mer, et contenant tout le détail de la chasse dont parle ici la Rochefoucauld. On se sert de canes et de canards privés, mais provenant d'œufs de canards sauvages, pour attirer ces derniers dans les filets. L'auteur de la description désigne par le terme consacré de traîtres ceux qui sont dressés à cette chasse.

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