‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 288 sur 469 · X\ . DES COQUETTES ET DES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

X\ . DES COQUETTES ET DES VIEILLARDS

S'il est malaisé de rendre raison2 des goûts en général, il le doit être encore davantage de rendre raison du goût des femmes coquettes : on peut dire néanmoins que l'envie de plaire se répand généralement sur tout ce qui peut flatter leur vanité, et qu'elles ne trouvent rien d'indigne de leurs conquêtes ; mais le plus incompréhensible de tous leurs goûts est, à mon sens, celui qu'elles ont pour les vieillards qui ont été galants. Ce goût paroît trop bizarre, et il y en a trop d'exemples, pour ne chercher pas3 la cause d'un sentiment tout à la fois si commun, et si contraire à l'opinion que l'on a des femmes. Je laisse aux philosophes à décider si c'est un soin charitable4 de la nature, qui veut consoler les vieillards dans leurs misères11, et qui leur fournit le secours des coquettes, par la même prévoyance qui lui fait donner0 des ailes aux chenilles, dans le déclin de leur vie, pour les rendre papillons ; mais sans pénétrer dans les secrets de la physique7, on peut, ce me semble, chercher des causes plus sensibles de ce goût dépravé des coquettes pour les vieilles gens. Ce qui est plus apparent, c'est qu'elles aiment les prodiges, et qu'il n'y en a point qui doive8 plus toucher leur vanité que

i, Voyez les maximes 4i8, 4a3, 444 et 46i.

2. « Il est malaisé de se rendre raison. » (Edition de M. de Barthélémy.) — Rapprochez de la ioe des Réflexions diverses.

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