Un royaume. » (Edition de M. de Barthélémy
6. « La même défiance. » (Ibidem.) — 7. Au manuscrit : Saint-Mars. 8. Soupçons est écrit de la main de la Rocbefoucauld, au lieu du
mot défiances, qui était d'abord au manuscrit, et qu'il a effacé, sans doute parce qu'il l'avait employé déjà six lignes plus haut.
à suivre aussi aveuglément ses volontés après sa mort, qu'il avoit fait pendant sa vie.
Alphonse, roi du Portugal, fils du duc de Bragance dont je viens de parler, s'est marié1, en France, à la fille du duc de Nemours, jeune, sans biens et sans protection. Peu de temps après, cette princesse a formé le dessein de quitter le Roi, son mari2; elle l'a fait arrêter dans Lisbonne, et les mêmes troupes qui, un jour auparavant, le gardoient comme leur roi, l'ont gardé le lendemain comme prisonnier ; il a été confiné dans une île de ses propres Etats3, et on lui a laissé la vie et le titre de roi. Le prince de Portugal, son frère, a épousé la Reine ; elle conserve sa dignité '*, et elle a revêtu le prince, son mari, de toute l'autorité du gouvernement, sans lui donner le nom de roi5 ; elle jouit tranquillement du succès d'une entreprise si extraordinaire, en paix avec les Espagnols, et sans guerre civile dans le royaume.
Un vendeur d'herbes, nommé Masaniel, fit soulever le menu peuple de Naples, et malgré la puissance des
i. Le 25 juin i606. — Sa femme était Marie-Élisabeth-Françoise de Savoie, fille de Gharles-Amédée de Savoie, duc de Nemours et d'Aumale, et d'Elisabeth de Vendôme, petite-fille de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées.
2. Les débauches d'Alphonse VI l'avaient conduit à l'impuissance, et bientôt à l'imbécillité. Monté sur le trône en i656, il fut déposé en 1667.
3. Dans l'île de Terceira, une des Açores ; transféré au château de Cintra, il y mourut le 12 semptembre i683.
4. Ce membre de phrase a été omis par M. de Barthélémy, qui, quelques mots plus loin, donne : « ce prince, son mari. » — La reine de Portugal ne mourut qu'en i683, le 27 décembre, deux mois après son premier mari.
5. En effet, pendant quinze ans, il ne porta que le titre de régent; mais, à la mort de son frère (i683), il se fit couronner roi de Portugal et des Algarves, sous le nom de Pedro II. — On voit à la forme du récit qu'il fut écrit quand le roi Alphonse vivait encore. La Rochefoucauld mourut trois ans avant lui, en 1680.
Espagnols, il usurpa l'autorité royale ; il disposa souverainement de la vie, de la liberté, et des biens1 de tout ce qui lui fut suspect ; il se rendit maître des douanes ; il dépouilia les partisans2 de tout leur argent et de leurs meubles, et fit brûler publiquement toutes ces richesses immenses dans le milieu de la ville, sans qu'un seul de cette foule confuse de révoltés voulût profiter d'un bien qu'on croyoit mal acquis. Ce prodige ne dura que quinze jours, et finit par un autre prodige : ce même Masaniel, qui aclievoit de si grandes choses avec tant de bonheur, de gloire, et de conduite, perdit subitement3 l'esprit, et mourut frénétique, en vingt-quatre heures1.
La reine de Suède5, en paix dans ses Etats6 et avec ses voisins, aimée de ses sujets, respectée des étrangers, jeune et sans dévotion, a quitté volontairement son
i. « Et du bien. » (Edition de M. de Barthélémy.)
2. On sait que, dans l'ancien régime financier, on appelait partisans ou traitants ceux qui, moyennant rétribution, traitaient du recouvrement de quelque partie des impôts.