Rapprochez des maximes 22, 46 et 5o
302 APPExNDICE.
la douleur est un mal; il prétend que la raison peut rendre l'homme impassible1, et au lieu d'abaisser son orgueil, il le relève au-dessus de la divinité. Il nous auroit bien plus obligés de nous avouer franchement les foiblesses et la corruption du cœur Immain, que de prendre tant de peine à nous tromper. L'auteur des Réflexions n'en fait pas de même : il expose; au jour toutes les misères de l'homme, mais c'est de l'homme abandonné à sa conduite qu'il parle, et non pas du chrétien; il fait voir que, malgré tous les efforts de sa raison2, l'orgueil et l'amour-propre ne laissent pas de se cacher dans les replis de son cœur3, d'y vivre et d'y conserver assez de force pour répandre leur venin, sans qu'il s'en aperçoive4, dans la plupart de ses mouvements.
La seconde difficulté que l'on vous a faite, et qui a beaucoup de rapport à la première, est que les Réflexions passent dans le monde pour des subtibilités d'un censeur qui prend en mauvaise part les actions les plus indifférentes 5, plutôt que pour des vérités solides. Vous me dites que quelques-uns de vos amis vous ont assuré de bonne foi qu'ils savoient, par leur propre expérience, que l'on fait quelquefois le bien sans avoir d'autre vue que celle du bien, et souvent même sans en avoir aucune, ni pour le bien, ni pour le mal, mais par une droiture naturelle du cœur qui le porte6, sans y penser, vers ce qui est bon. Je voudrois qu'il me fût permis de croire ces gens-là sur eur parole, et qu'il fût vrai que la nature humaine n'eût que des mouvements raisonnables, et que toutes nos actions fussent naturellement vertueuses" ; mais, Monsieur, comment accorderons-nous le témoignage de vos amis avec les sentiments des mêmes s Pères de l'Eglise, qui ont assuré que toutes nos vertus, sans le secours de la foi,
i. (Poteraui respondere quod Epicurus ait :)sapienlem, si in Phalaridis tauro peruratur, exclamaturum : « Dalce est, et ad me nihil atlinel. » « (Je pourrais répondre ce que dit Epicure .) Le sage, s'il est brûlé dans le taureau de Phalaris, s'écriera : « Je suis bien, cela ne me touche point. » (Sénèque, êpitre lxvi.) — On lit à la marge, dans les éditions de i665 et de 1693, cette exclamation d'Epicure, et à la suite : Epie, apud Senec. Dans son édition, Duplessis a cru à tort que la première abréviation signifiait Epictète.
a. « ...qu'il parle, et non pas de l'homme éclairé par les lumières du christianisme, et soutenu de la grâce de Dieu; il lait voir que, malgré les efforts de la raison » (Edition de 1693.) — Rapprochez de la Pré/ace de la 5e édition, ci-dessus, p. 3o.