LETTRE D'ENVOI DE MADAME DE SABLÉ A LA ROCHEFOUCAULD
Je vous envoie ce que j'ai pu tirer de ma tête pour mettre dans le Journal'2. J'y ai mis cet endroit qui vous est si sensible3, afin que cela vous fasse surmonter la mauvaise honte qui vous fit donner au public la Préface*- sans y rien retrancher, et je n'ai pas craint de le mettre, parce que je suis assurée que vous ne le ferez pas imprimer, quand même le reste3 vous plairoit. Je vous assure aussi que je vous serai plus obligée d'en user6 comme d'une chose qui seroit à vous7, en le corrigeant ou en le jetant au feu8, que si vous lui faisiez un honneur qu'il ne mérite pas. Nous autres, grands auteurs, sommes trop riches pour craindre de perdre9 de nos productions. Mandezmoi ce qu'il vous semble10 de ce dictum. Le 18e février i665.
1. Nous donnons cette lettre comme faisant partie intégrante de la pièce qui précède. Elle est également de la main de Vallant, avec ce titre : Lettre de Madame à M. de la Rochefoucauld, en lui envoyant cet écrit pour le Journal des Savants. Ici encore, à coté de la copie définitive, nous avons un brouillon, dont nous relèverons les premières leçons. M. Sainte-Beuve n'a cité que partiellement, mais exactement, cette lettre; V. Cousin l'a donnée tout entière, mais en mêlant le brouillon avec la mise au net.
2. Brouillon et texte de V. Cousin : m dans le Journal des Savants. »
3. Premières leçons du brouillon : « cet endroit qui pour vous est le plus sensible; » — « cet endroit seul par où ion vous peut condamner. » — Seconde leçon, suivie à peu près par V. Cousin : « cet endroit qui pour vous est le plus sensible. »
k. Brouillon et texte de V. Cousin : « qui vous fit mettre la Préface. » — Comme le fait observer V. Cousin, il s'agit sans doute du Discours sur les Maximes, attribué à Segrais (voyez plus haut, p. 355 et suivantes). — Le brouillon portait d'abord : « qui vous fait mettre la Préface : » la correction fit indique qu'au 18 février 1 665 (date de cette lettre) ce Discours et, par conséquent, les Maximes venaient seulement de paraître. En effet, ce n'est qu'au commencement de février 1 665 que la Rochefoucauld se décida à livrer son œuvre au public, bien que l'impression du volume, commencée depuis un an, fût achevée depuis trois mois et plus (27 octobre 1 664), sauf peut-être les cartons qu'il y introduisit au dernier moment (voyez la Notice bibliographique).
5. Brouillon: « la Préface sans y rien retrancher; car je suis assurée que
vous n'y laisserez pas cet endroit-là, quand même le reste » Au-dessus des
nmts en italique, on a ajouté, dans le brouillon, ces mots du texte définitif : « ne le ferez pas imprimer. »