Voyez ci-après, p. lxxi, note
4- Les vers que cite Gourville sont imités de deux vers du IIIe acte (scène v) de la tragédie d'Alcionée, du P. du Ryer, publiée en 16^0 :
Pour obtenir un bien si grand, si précieux.
J'ai fait la guerre aux rois; je l'eusse faite aux Dieux.
Après sa rupture avec Mme de Longueville, la Rochefoucauld les parodia ainsi :
Pour ce cœur inconstant, qu'enfin je connois mieux, J'ai fait la guerre au Roi : j'en ai perdu les yeux.
Voyez les Mémoires de Mademoiselle, tome II, p. 97 (où M. Ghéruel
SUR LA ROCHEFOUCAULD. lv
Quelque temps après (16 octobre), le prince de Condé, que Mademoiselle avait sauvé au dernier moment en ordonnant de tirer le canon de la Bastille sur les troupes du Roi, sortait de Paris, et, suivant sa fatale étoile, s'en allait en Flandre commander les troupes espagnoles. La victoire de Mazarin était complète; on sait qu'il n'en abusa pas. Il retourna en exil, pour donner à l'animadversion générale le temps de s'apaiser ; six mois après seulement, le 3 février i653, il rentra dans Paris. Le Roi y fit son entrée solennelle dès le 2 1 octobre 1 65a , et l'on se hâta de publier une amnistie portant les réserves ordinaires de ces actes d'abolition générale, c'est-à-dire excluant de la clémence accordée au menu fretin des coupables les fauteurs les plus redoutés de la rébellion. La Rochefoucauld se vit ranger parmi les factieux qui n'inspiraient pas grande appréhension ' : il fut admis à profiter des avantages de l'amnistie ; mais, bien que fort malade de sa blessure, il refusa par fierté la grâce qu'on lui voulait faire, aimant mieux suivre, s'il le fallait, jusqu'au bout la triste fortune de Condé. Au mois de novembre i6522, il quitta Paris et, muni d'un passe-port, se retira avec sa famille dans la place de Damvilliers, dont le marquis de Sillery, son beau-frère, était gouverneur, et où, en i65o, le chevalier de la Rochefoucauld, qui commandait alors pour le duc son frère dans cette place, avait été livré, pieds et poings liés, aux troupes royales par ses propres soldats3. Là, conjointement avec Condé, il reprit ses intelligences avec les Espagnols4 ; mais il était dans cet état d'épuisement phy-
cite ces vers en note avec des variantes), et ceux de Mme de Motteville, tome IV, p. 20 et 21.
1 . Le marquis de Montausier, gouverneur d'Angoumois et de Sainlonge, alors malade à Angoulême, ne partageait pas, au sujet de la Rochefoucauld, la sécurité de la cour. Voyez ci-après, à l'appendice v, 70 (p. cvm), des fragments de deux lettres écrites par lui à le Tellier, aux dates des i4 et 18 novembre i652.
2. Gourville dit par erreur (p. 268) : « vers la fin de septembre » ; voyez au tome III, p. n3 et n5, les lettres 4i et ^2, et à l'appendice 1 du même tome, p. 268, la lettre 18.
3. Voyez les Mémoires de Retz, tome II, p. 5oo, 5oi et note 1 ; tome III, p. 27, 28 et note 1.
!\. Sur les engagements pris à cet égard, avant de quitter Bor-
lvi NOTICE BIOGRAPHIQUE
sique et moral qui ne permet aucune action suivie. En novembre même, il tenta de s'aboucher avec Mazarin, à Chàlons ; mais le Cardinal refusa de le voir ; il « lui fit répondre qu'il le remerciait de sa civilité, mais qu'il ne croyait pas à propos qu'il le vit i . » Durant toute l'année 1 653 , il ne fut occupé qu'à se guérir et sans doute aussi à méditer sur l'avenir et sur le passé. C'est par mégarde que Gourville dit2 qu'il passa toute cette année à Damvilliers ; il quitta cette ville aussitôt son accommodement fait et son passe-port obtenu ; Gourville luimême le voit en Angoumois, en se rendant à Bordeaux par ordre du Cardinal, et c'est à Verteuil qu'il lui adresse, de Villefagnan, la nouvelle de la conclusion de la paix, laquelle est du 3o juillet3.
Malgré les velléités héroïques de sa jeunesse, il n'était point taillé en héros : la réflexion, chez lui, finissait toujours par dominer les autres facultés. II n'était pas homme à continuer de sang-froid, comme il dit quelque part1, ce qu'il avait commencé en colère ; il n'avait pas enfin cette infatigable persévérance de Mme de Longueville, qui, ce moment même, comme pour bien prouver l'indépendance de sa conduite politique, prolongeait, avec Conty et les Ormistes5, sa résidence à Bordeaux. Aussi, tout en ayant l'air de se rendre aux vives instances des siens et de ses amis, ne fit-il, au fond, que suivre la pente de son naturel et obéir à ses vœux les plus secrets, quand il entreprit de se dégager honorablement envers la Fronde vaincue et Monsieur le Prince exilé. « La réconciliation avec nos ennemis, a-t-il écrit, n'est qu'un désir de rendre notre condition meilleure, une lassitude de la guerre, et une crainte de quelque mauvais événement6 » Ces trois éléments de ré-
deaux, et depuis, lorsque les ducs se séparèrent de la princesse de Condé, voyez les Mémoires de Lenet. p. 4o8, 4og et (\22.
i. Voyez les Souvenirs du règne de Louis XIV, par M. le comte de Cosnac, tome IV, p. ig6.