Après juge est bifl'é de
La Rochefoucauld.
donne même une étendue à ses défauts qui les rend énormes, et met ses bonnes qualités dans un jour si désavantageux, qu'elles deviennent plus dégoûtantes que ses défauts. Cependant, dès que cette même personne nous devient favorable, ou que quelqu'un de nos intérêts l'a réconciliée avec nous notre seule satisfaction rend aussitôt à son mérite le lustre que notre aversion venoit d'effacer. Tous ses avantages en reçoivent un fort çrand des biais dont nous les regardons; toutes ses mauvaises qualités disparoissent, et nous appelons même toute notre indulgence pour la forcer à justifier la guerre qu'elles nous ont faite1. Quoique toutes les passions montrent cette vérité, l'amour la fait voir plus clairement que les autres, car nous voyons un amoureux, agité de la rage où l'a mis un visible oubli ou infidélité découverte, conjure- le Ciel et les Enfers contre sa maîtresse; et néanmoins, aussitôt qu'elle s'est présentée et que sa vue a calmé la fureur de ses mouvements, son ravissement rend cette beauté innocente, il n'accuse plus que lui-même ; il condamne ses condamnations, et, par cette vertu miraculeuse de l'amour-propre, il ôte la noirceur aux actions mauvaises de sa maîtresse, et en sépare le crime, pour en charger ses soupçons.
Ms. i663.' — Conforme au manuscrit autographe, sauf ces variantes : « il a encore celle de transformer des objets » ; « que notre amour-propre ju«e les actions » ; « lorsque personne ne nous est contraire » ; « du biais dont nous les regardons», et « car nous voyons un amoureux agité delà rage où l'a mis un visible oubli ou l'infidélité découverte, conjure (sic) le Ciel et les Enfers. Et néanmoins aussitôt qu'elle (sic) s'est présentée, et que la vue a calmé la fureur de ces mouvements sans (sic) ravissement rend ».
Edit. 1664. — Conforme au manuscrit autographe, sauf ces variantes: « de transformer les objets » ; « contre nous, c'est notre amour-propre qui juge ses actions; il donne même » ; « la réconcilie avec nous, notre seule satisfaction » ; « le lustre que notre aversion venoit de lui ôter. Tous ses avantages en reçoivent un fort grand du biais dont nous les regardons; toutes ses mauvaises qualités »; « pour la forcer de justifier la guerre qu'elle nous ont fait (sic). Quoique toutes les passions montrent cette vérité, l'amour le fait voir plus clairement que les autres; car nous voyons un amoureux agité de la rage où l'a mis un visible oubli, ou pour une infidélité découverte, conjurer le Ciel et les Enfers, et néanmoins aussitôt que sa maîtresse s'est présentée, et que sa vue a calmé », et « pour en changer ses soupçons5. »
Ms. aut. Le jugement n'est autre chose que la grandeur de la lumière de l'esprit ; on peut dire la même chose de son étendue, de sa profondeur, de son discernement, de sa justesse, de sa droiture et de sa délicatesse. L'étendue de l'esprit est la mesure de sa lumière; la profondeur est celle qui découvre le fond des choses; le discernement les compare et les distingue ; la justesse ne voit que ce qu'il faut voir; la droiture prend toujours le bon biais des choses; la délicatesse aperçoit les imper-