Voyez p. 371 et
iv AVERTISSEMENT SUR LE TOME I.
France ; rien n'y paraît qui n'ait été vérifié, soit sur les manuscrits quand il en existe, soit sur les éditions originales. Je n'ai pas davantage à parler de l'orthographe et de la ponctuation, si peu fixées au dix-septième siècle, que notre auteur lui-même en varie sans cesse ; ici, comme dans tout le reste, je me suis conformé aux usages suivis pour l'uniformité de cette collection. Je n'insisterai pas non plus sur le travail d'annotation : tout en m'abstenant de discuter avec l'auteur, j'ai tâché de faire un commentaire perpétuel de son œuvre, comme on en use avec les auteurs grecs ou latins. Je m'y suis appliqué surtout à la confrontation, pour ainsi dire, de la Rochefoucauld avec lui-même, par de nombreux renvois entre ses pensées, et à sa confrontation avec les moralistes anciens ou modernes, par des rapprochements que j'ai multipliés autant queje l'ai pu.
Il me reste un agréable devoir à remplir, celui de remercier publiquement M. Ad. Régnier, directeur de celte collection des Grands écrivains de la France. A tics connaissances presque universelles, il joint le tact littéraire le plus délicat; il juge de tout avec un discernement qui profite à ses collaborateurs, et l'érudition n'a rien ôté, chose rare, ni à la sûreté ni à la finesse de son goût. Qu'il veuille bien souffrir que je lui rende ici ce respectueux témoignage ; sa modestie dépasserait son droit et empiéterait sur le mien, si elle s'opposait à la juste expression de ma reconnaissance.
D. L. Gilbert.
La vie du duc de la Rochefoucauld se divise en deux périodes bien distinctes. Dans la première, le futur auteur des Maximes, méconnaissant ses facultés, et prenant, pour ainsi dire, au rebours sa fortune, se range au parti de ces mécontents qui, après avoir conspiré contre Richelieu, s'arment en guerre contre Mazarin. Esprit critique et spéculatif, fourvoyé dans l'action, il subit toutes sortes de mécomptes, et sur cette scène bruyante, où il aspire vainement à tenir le grand rôle, ses qualités ne lui nuisent pas moins que ses défauts. A ces stériles orages de la jeunesse succèdent utilement chez la Rochefoucauld ce qu'on peut, d'un mot de Montaigne, appeler les ravissements de l'âge mûr. Revenu ou, si l'on aime mieux, déchu des passions et de la politique, il se repose, se calme peu à peu dans la paisible atmosphère des salons et dans une douce intimité; par manière de passe-temps et, tout d'abord, sans le dessein prémédité de faire un livre, il compose une suite de maximes où, visant à nous peindre tous d'après lui-même, il a mis à la fois l'aveu et la revanche de ses déceptions ; si bien que cette gloire qu'il a poursuivie, sans l'atteindre, par les sentiers de l'intrigue et le grand chemin des aventures, il la rencontre au bout de sa plume, sans quitter sa chaise de goutteux : tant il est vrai que les hommes le mieux doués ne se démêlent souvent que fort tard, ne se résignent à être eux-mêmes que par une sorte de pis-aller, et que, s'ils passent à la postérité, ce n'est pas toujours sous le personnage qu'ils avaient d'abord souhaité de faire dans l'histoire ! La Rochefoucauld, i a.
François VI, duc de la Rochefoucauld, naquit à Paris, rue des Petits-Champs, le i5 septembre1 de l'année i6i3, et fut baptisé2, le k octobre suivant, en l'église Saint-Honoré3.
Il était le vingt et unième descendant de Foucauld I, seigneur de la Roche en Angoumois4, qui vivait sous le règne du roi Robert, au commencement du onzième siècle. André du Ghesne, cité par le P. Anselme5, dit, dans sa Généalogie de la maison de la Rochefoucauld6 , que Foucauld I « fut en si grande
i. A Paris, et non à Marcillac, comme on l'a imprimé dernièrement, par erreur, dans l'Inventaire des autographes composant la
collection de M. Benjamin Fillon (n° 970) ; le i5 septembre, et non le i5 décembre, comme l'ont dit le P. Anselme, Moréri, Pinard dans sa Chronologie historique militaire (tome VI, p. 209), et, plus récemment, plusieurs d'après eux. Dans l'article de V Encyclopédie du dix-neuvieme siècle, on le fait naître en 1618 et mourir en 167 1 (au lieu de 1680).
2. Le baptême fut administré par Antoine de la Rochefoucauld, de la branche de Barbezieux, évêque d'Angoulême, arrière-petitfils du quadrisaïeul de l'enfant. Le parrain fut le cardinal François delà Rochefoucauld, de la branche de Randan, né en 1 558, mort en i645, alors évêque de Senlis, petit-fils du trisaïeul du nouveau-né ; la marraine, Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, grand'mère de l'enfant. Nous donnons à Vappendice 1 de la Notice biographique, ci-après, p. xcv, l'acte de baptême, que Jal heureusement avait extrait, à peu près en entier, des Registres de Saint-Eustache, avant l'incendie qui les a détruits en 187 1 : voyez son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, p. 789 et 7^0.
3. Le chapitre de l'église collégiale de Saint-Honoré fut supprimé à la fin de 1790, et l'église elle-même vendue en février 1792. Jusqu'en 1 854, il s'en était conservé quelques vestiges au numéro 1 2 de l'îlot nommé encore aujourd'hui le Cloître Saint-Honoré, lequel a une entrée rue Croix-des-Petits-Champs, dite autrefois, tout court, rue des Petits-Champs.
l\. Voyez la Généalogie, à Vappendice 11, p. xcvi et xcvii.