Bibliothèque nationale, Ms. Fr. 658, fol. 84 v8-8q
DE LA NOTICE BIOGRAPHIQUE. cxvn
dont il eut un brevet de retenue. Le duc de la Roche-Guyon eut la survivance de cette charge, 10 novembre 79.
« Le Roi lui donne la finance des charges de la chancellerie de Tournai ; il en a ou cent vingt mille écus. »
« Le chevalier de la Rochefoucauld se nomme Charles de la Rochefoucauld, frère du duc de la Rochefoucauld (François VII).
« [5a,] le Roi lui donne l'abbaye de Molesme par ! de François de Clermont; cette abbaye est de l'ordre de Saint- Benoît, diocèse de Langres.
« a février 80, le Roi lui donne une pension de quatre mille livres sur l'évéché de Poitiers.
« 11 novembre 87, le Roi lui donne une pension de cinq mille livres sur l'abbaye de la Chaise- Dieu, que Sa Majesté donna pour lors à l'abbé de Marcillac, son frère. »
« De la Rochefoucauld, abbé de Marcillac, se nomme Henri- Achille de la Rochefoucauld, frère du duc de la Rochefoucauld (François VII).
« [67'-], le Roi lui donne l'abbaye de Fontfroide, vacante par la mort de Jean de Noblet des Prés ; cette abbaye est de l'ordre de Citeaui, diocèse de Narbonne.
« Il a deux pensions, l'une sur l'abbaye de Molesmes, et l'autre sur Sainte- Colombe-lez-Sens .
« 1 1 janvier 87, le Roi lui donne l'abbaye de la Chaise-Dieu, vacante par la mort d'Hyacinte Seroni, archevêque d'Albi ; cette abbaye est de l'ordre de Saint-Benoit, diocèse de Clermont, a un grand nombre de collations. »
« De la Rochefoucauld, abbé de Verteuil, se nomme Alexandre de la Rochefoucauld de Verteuil, frère du duc de la Rochefoucauld d'aujourd'hui (François VII).
«ai février 79, le Roi lui donna l'abbaye de Beauport, vacante par la mort de la Rochepozay ; cette abbaye est de l'ordre de Prémontré, diocèse de Saint-Brieuc. »
A la suite (fol. 86 v°-88) viennent les articles relatifs à un oncle et à quatre tantes du duc François VII, c'est-à-dire à un frère de François VI: [Henri,] abbé de la Rochefoucauld, et à quatre de ses sœurs : Gabrielle, Catherine, Marie-Elisabeth, Anne-Françoise; les prénoms de cette dernière ne sont pas donnés. Des donations enregistrées avec dates, il n'y en a que deux qui soient antérieures à la mort de notre duc : l'abbaye d'Issy, près de Paris, donnée à Gabrielle, qui refuse, et l'abbaye de Charenton donnée à Catherine.
« Le duc de la Roche-Guyon se nomme François (VIII) de la
1 . Ce blanc est dans le manuscrit. Le prédécesseur dans le Gallia christiana (tome IV, col. 741) est Armand, prince de Conty, Alexandre de la Rochefoucauld (voyez ci-après) succède à son frère Charles en 1689.
a. Voyez le Gallia christiana, tome IV, col. ai 5.
cxvm APPENDICES DE LA NOTICE.
Rochefoucauld, fils aîné du duc (François VII) de la Rochefoucauld (petit-fils de François VI), a épousé Madeleine le Tellier, fille aînée du marquis de Louvois.
« io novembre 79, le Roi lui donne la survivance des charges de grand maître de la garde-robe et de grand veneur, que possède le duc de la Rochefoucauld, son père.
« Le Roi le fait duc ; la terre de la Roche-Guyon fut érigée en duché le 1 7 novembre 79 et vérifiée au Parlement.
« Février 81, le Roi lui donne une pension de neuf mille livres.
« Mars 8i, le Roi lui donne un brevet de justaucorps en broderie.
« 83, le Roi le fait colonel du régiment de Navarre, par la mort du chevalier de Souvré. »
PORTRAIT
DU DUC
FAIT PAR LUI-MÊME
iNOTIGE.
Ce morceau, composé sans doute en 1 658 ou dans les premiers jours de 1639, lut inséré dans le Recueil des portraits et éloges en vers et en prose, dédié à S. A. R. Mademoiselle (de Montpensier). Paris, Ch. de Sercy et Cl. Barbin, M. DC. LIX. Nous avons vu de ce recueil trois éditions de 1609, une m-4° et deux in-8°. V. Cousin, dans Madame de Sablé (p. i43, 2e édition), croit qu'il n'y en a qu'une qui contienne le portrait de la Rochefoucauld : « C'est, dit-il, en 1659 qu'il débuta devant le public avec son Portrait fait par lui-même, inséré dans une des éditions des Portraits de Mademoiselle. » Ce portrait manque en elTetdans l'édition in-/j°, intitulée : Divers portraits, imprimés en 1669 (sans nom de libraire et sans Achevé d'imprimer) ; il se trouve dans les deux éditions in-8°. Ces deux éditions, de grandeur inégale, sont, quant au contenu, identiques entre elles ; mais elles diffèrent de l'édition in-4°, qui évidemment les a précédées. On a négligé dans les deux réimpressions, composées chacune de deux parties (tandis que \"m-li° n'en a qu'une), un certain nombre de portraits d'abord publiés, qui comptent entre les meilleurs, et on en a ajouté plusieurs qui sont fort bons, parmi d'autres qui sont fort médiocres.
Le portrait de la Rochefoucauld, intitulé : Portrait de M. R. D. (première et dernière lettres du nom) fait par lui-même, est dans la seconde partie, aux pages 1 16-124 de la plus petite des deux éditions in-8°, aux pages 6i8-63o de la plus grande, dont la pagination se continue d'une partie à l'autre1. Elles portent toutes deux : « Achevé d'imprimer le 25 janvier 1669. »
1. L'exemplaire de la plus grande, que nous avons examiné dans La Rochefoucauld. 1 1
Nous avons vérifié notre texte sur l'une et sur l'autre, et n'avons remarqué entre elles que de très-rares et très-légères différences, que l'on trouvera dans les notes. L'abbé Brotier, en joignant le Portrait à son édition des Maximes (1789), y avait fait çà et là quelques changements, qui ont passé dans les éditions venues après la sienne, particulièrement dans celle de G. Duplessis (i853).
A la suite de ce Portrait de la Rochefoucauld fait par luimême, nous plaçons en appendice, comme une contre-partie assez piquante, celui qui se trouve dans les Mémoires du cardinal de Retz.
la bibliothèque de V. Cousin, a, en tête de la première partie, un frontispice, au bas duquel on ht cet autre titre : La galerie des peintures, ou Recueil des portraits en vers et en prose,
DU DUC
FAIT PAR LUI-MÊME
Je suis d'une taille médiocre, libre, et bien proportionnée. J'ai le teint brun, mais assez uni ; le front élevé et d'une raisonnable grandeur; les yeux noirs, petits, st enfoncés, et les sourcils noirs et épais, mais bien tournés. Je serois fort empêché à ' dire de quelle sorte j'ai le nez fait, car il n'est ni camus, ni aquilin, ni gros, ni pointu, au moins à ce que je crois : tout ce queje sais, c'est qu'il est plutôt grand que petit, et qu'il descend un peu trop en bas'2. J'ai la bouche grande, et les lèvres assez rouges d'ordinaire, et ni bien ni mal taillées; j'ai les dents blanches, et passablement bien rangées. On m'a dit autrefois que j'avois un peu trop de menton : je viens de me tâter et3 de me regarder dans le miroir, pour savoir ce qui en est, et je ne sais pas trop bien qu'en juger. Pour le tour du visage, je l'ai ou carré, ou en ovale ; lequel des deux, il me seroit fort difficile de le dire. J'ai les cheveux noirs, naturellement frisés, et avec cela assez épais et assez longs pour pouvoir prétendre en belle tête. J'ai quelque chose de chagrin et de fier dans
ï . Brotier et Duplessis ont remplacé à par de,
2. « Trop bas, » dans le texte de Brotier et dans celui de Duplessis.
3. Les mots : « de me tâter et, » ont été omis par Brotier et par Duplessis.
la mine : cela fait croire à la plupart des gens que je suis méprisant, quoique je ne le sois point du tout. J'ai l'action fort aisée, et même ' un peu trop, et jusques à faire beaucoup de gestes en parlant. Voilà naïvement comme je pense que je suis fait au dehors; et l'on trouvera, je crois, que ce que je pense de moi là-dessus n'est pas fort éloigné de ce qui en est. J'en userai avec la même fidélité dans ce qui me reste à faire de mon portrait ; car je me suis assez étudié pour me bien connoître, et je ne manque2 ni d'assurance pour dire librement ce que je puis avoir de bonnes qualités, ni de sincérité pour avouer franchement ce que j'ai de défauts :!. Premièrement, pour parler de mon humeur, je suis mélancolique, et je le suis à un point que, depuis trois ou quatre ans4, à peine m'a-t-on vu rire trois ou quatre fois. J'aurois pourtant, ce me semble, une mélancolie assez supportable et assez douce, si je n'en avois point d'autre que celle qui me vient de mon tempérament ; mais il m'en vient tant d'ailleurs, et ce qui m'en vient me remplit de telle sorte l'imagination, et m'occupe si fort l'esprit, que la plupart du temps ou je rêve sans dire mot, ou je n'ai presque point d'attache à ce que je dis. Je suis fort resserré avec ceux que je ne connois pas, et je ne suis pas même extrêmement ouvert avec la plupart de ceux que je connois. C'est un défaut, je le sais bien, et je ne négligerai rien pour m'en corriger ; mais comme un certain air sombre que j'ai dans le visage contribue à me faire paroître encore plus réservé que je ne le suis, et qu'il n'est pas en notre pouvoir de nous défaire d'un méchant
i. 11 y a mêmes dans les deux éditions originales.