‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 90 sur 469 · AVIS AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AVIS AU LECTEUR

Voici un portrait du cœur de l'homme que je donne au public, sous le nom de Réflexions ou Maximes morales-. Il court fortune de ne plaire pas à tout le monde, parce qu'on trouvera peut-être qu'il ressemble trop, et qu'il ne

i . Contrairement à l'usage suivi dans cette collection des Grands écrivains de la France, nous ne donnons pas de notice particulière sur les Maximes. Ce qu'on en pourrait dire ici ferait double emploi avec les renseignements que nous fournissons, aussi complets qu'il nous a été possible, dans les Notices biographique et bibliographique. La seconde moitié de la vie de la Rochefoucauld est à peu près vide d'événements ; en ôter ce qui concerne la composition et la publication de ses ouvrages, ce serait réduire à rien sa biographie.

2. Le titre complet de cette première édition, et de toutes celles qui ont été publiées du vivant de l'auteur (a), est : Réflexions ou Sentences et Maximes morales. — « Ce titre est singulier, dit l'abbé Brotier ; et cependant le duc de la Rochefoucauld n'en devoit pas mettre d'autre. Mme de la Fayette, qui s'intéressoit à l'ouvrage plus que l'auteur même, avoit consulté quantité de personnes (6). Le savant Huet prétendoit que ce n'étoit point des maximes. D'autres y voyoient des réflexions, des sentences. Pour ne point trancher en maître et laisser à

(a) A l'exception d'une des quatre de i665, une contrefaçon évidemment, qui est intitulée : Réflexions morales de Monsieur de L. R. Foucaut. C'est la seule qui porte ainsi le nom de l'auteur.

(6) Nous pensons que Brotier se trompe, au moins en ce qui concerne la première édition des Maximes (i665) : c'est plus tard que Mme de la Fayette s'intéressa à l'ouvrage autant qu'à l'auteur même. "Voyez la Notice biographique.

flatte pas assez. Il y a apparence que l'intention du peintre n'a jamais été de faire paroître cet ouvrage, et qu'il seroit encore renfermé dans son cabinet, si une méchante copie qui en a couru, et qui a passé même, depuis quelque temps en Hollande ', n'avoit obligé un de ses amis de m'en donner une autre, qu'il dit l'être tout à fait conforme à l'original ; mais toute correcte qu'elle est, possible n'évitera-t-elle pas la censure de certaines personnes qui ne peuvent souffrir que l'on se mêle de pénétrer dans le fond de leur cœur, et qui croient être en droit d'empêcher que les autres les connoissent, parce qu'elles ne veulent pas se connoître elles-mêmes -. Il est vrai que, comme ces Maximes sont remplies de ces sortes de vérités dont l'orgueil humain ne se peut accommoder, il est presque impossible qu'il ne se soulève contre elles, et qu'elles ne s'attirent des censeurs3. Aussi, est-ce pour eux que je mets ici une Lettre 4 que l'on m'a donnée, qui a été faite depuis que le manuscrit a paru',

chacun ses idées, le duc de la Rochefoucauld a très-bien fait de faire connoître cette variété d'idées et de jugements. Le public a prononcé en faveur des Maximes. » {Observations sur les Maximes, p. 207 et 208.)

1. L'histoire de cette copie infidèle n'a jamais pu être éclaircie, et il y a tout lieu de croire que c'était un simple prétexte dont un grand seigneur comme la Rochefoucauld avait besoin pour donner au public un livre même anonyme. Si une copie avait couru jusqu'en Hollande, on n'eût pas manqué de l'y imprimer immédiatement, comme on s'était hâté de faire, en 1662, pour les Mémoires de notre auteur ; or il ne reste pas trace d'une édition hollandaise antérieure à la première édition française.

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