Var.: tantôt pour la gloire. (i
6. Var. : La clémence est un mélange de gloire, de paresse et de
La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur1, (éd. i*.)
La modération est une crainte de tomber dans l'envie et dans le mépris que méritent ceux2 qui s'enivrent de leur bonheur 3 ; c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit ; et enfin1 la modération des hommes dans leur plus haute élévation est un désir de paroître 5 plus grands que leur fortune6, (éd. i*.)
crainte, dont nous faisons une vertu. (Manuscrit.) — Aimé-Martin (Examen critique des Maximes, p. 22-24) voit dans cette pensée une allusion à la reine Anne d'Autriche.
1. Var. : La modération des personnes heureuses est le calme de leur humeur, adoucie par la possession du bien. (i665.) — Vauvenargues objecte (p. 77) : « La bonne fortune ne fait qu'irriter les désirs des esprits naturellement immodérés. »
2. Var. : La modération est une crainte de l'envie et du mépris qui suivent ceux — (i665.) — Envie est pris dans le sens qu'a souvent le latin invidia, de « haine (encourue). » — Il y a dans le blâme au manuscrit.
3. L'annotateur contemporain, que nous citons d'après Duplessis, ajoute : « Au lieu de s'enivrer de leur bonheur, ils s'enivrent de leur modération. »
4. Après enfin, il y a dans le manuscrit : « pour la définir intimement, » et dans l'édition de i665 : « pour la bien définir. »
5. Var. : — dans leurs plus hautes élévations est une ambition de paroître.... (i665.)
6. Dans les quatre premières éditions : « plus grands que les choses qui les élèvent. » — J. Esprit (tome II, p. 60) : « Ceux qui ne s'éblouissent point de leur faveur sont modérés, afin qu'on croie que, quelque grande que soit leur élévation, leur âme est encore plus grande que leur fortune. » — Si l'on en croit Mme de Motteville, citée par Aimé-Martin (p. 2^), Mazarin « affectoit d'être froid quand ses affaires alloient bien, pour faire voir qu'il ne s'emportoit pas dans
Nous ayons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui1. (éd. i.)
La constance des sages n'est que l'art de renfermer 2 leur agitation dans le cœur3, (éd. i*.)
Ceux qu'on condamne au supplice affectent quelquefois une constance et un mépris de la mort qui n'est en effet que la crainte de l'envisager4; de sorte qu'on peut
la prospérité. » — Voyez les maximes 2g3 et 565. — Vauvenargues (p. 77) : « Il y a une modération de tempérament, où la réflexion n'a point de part. Tous ceux qui sont continents ne le sont point par raison ; on pourroit en nommer qui sont nés chastes. La nature a fait d'autres hommes modérés dans leur ambition, comme ceux-ci le sont dans leurs plaisirs. »
1. C'est le sens du proverbe : « Mal d'autrui n'est que songe. » — Swift a dit d'un façon plus piquante encore : « Je n'ai jamais connu personne qui ne fût capable de supporter le malheur des autres en parfait chrétien. »
2. Var : n'est qu'un art avec lequel ils savent enfermer. (i665.)
3. Les quatre premières éditions donnent : « dans leur cœur. » — Vauvenargues répond (p. 78): « La constance des sages peut être fondée sur le sentiment qu'ils ont de leurs ressources ; » et il développe cette pensée dans la 3oe des Réflexions sur divers sujets (Œuvres, p. 91), et dans le 6e Conseil à un jeune homme (p. 1 19 et 120). — La Harpe s'écrie (tome VII, p. a56) : « Où est la preuve de cette assertion générale ? Restreignez-la, elle sera aussi vraie que commune ; énoncée comme elle l'est, elle est démentie par cent exemples. »
lx. Meré (maxime 76) : « La crainte de la mort est plus sensible que la mort même. » — Publius Syrus :
Mortem timere crudelius est quam mori.
La Bruyère (de l'Homme, n° 36) a ainsi traduit cette sentence : « Il
ET MAXIMES MORALES. 3o,
dire que cette constance et ce mépris sont à leur esprit ce que le bandeau est à leurs yeux1, (éd. i*.)
La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir a, mais les maux présents triomphent d'elle3, (éd. i*.)
Peu de gens connoissent la mort: on ne la soufire pas ordinairement par résolution, mais par stupidité et par coutume ;, et la plupart des hommes meurent parce qu'on ne peut s'empêcher de mourir5, (éd. i*.)
est plus dur de l'appréhender (la mort) que de la souffrir. » — Pascal dit de son côté (Pensées, article VI, 58) : « La mort est plus aisée à supporter sans y penser, que la pensée de la mort sans péril. »
i. Var. : Ceux qu'on fait mourir affectent quelquefois des constances, des froideurs, et des mépris de la mort, pour ne pas penser à elle (le manuscrit ajoute : et pour s'étourdir : de sorte qu'on peut dire que ces froideurs et ces mépris font à leur esprit ce que le bandeau (manuscrit : le mouchoir) fait à leurs veux. (Manuscrit et i665.) — Voyez les maximes 23, 46 et 5o4. — Dans la maxime 420, l'auteur dira à peu près la même chose de la constance dans les malheurs.
i. Var. : des maux passés et de ceux qui ne sont pas prêts d'arriver. (i665.)
3. Var. : La philosophie ne fait des merveilles que contre les maux passés ou contre ceux qui ne sont pas prêts d'arriver, mais elle n'a pas grande vertu contre les maux présents. (Manuscrit.)
4. Var. : on la souffre, non par la résolution, mais par la stupidité et par la coutume. (Manuscrit.) — Montaigne (Essais, livre III, chapitre ix, tome III, p. 477 e' ^7^) : a Ie me pl°nge> ^a teste baissée, stupidement dans la mort, sans la considérer et recognoistre. »
5. Var. : et la plupart des hommes meurent parce qu'on meurt. (Manuscrit et i665.) — L'annotateur contemporain qualifie de galimatias la première phrase de cette maxime, et objecte : « Comment connoître une chose que l'on ne peut voir que dans les autres? » — Vauvenargues (maxime 848, OEuvres, p. 484) : « La gloire et la stupidité
4o RÉFLEXIONS OU SENTENCES
Lorsque les grands hommes se laissent abattre par la longueur de leurs infortunes, ils font voir qu'ils ne les soutenoient que par la force de leur ambition, et non par celle de leur âme, et qu'à une grande vanité près1, les héros sont faits comme les autres hommes 2.
cachent la mort, sans triompher d'elle. » — Voyez plus haut la maxime 21, et ci-après les maximes 46 et 5o4-
1 . Au lieu de : « ils font voir, etc. , » on lit dans le Manuscrit : « cela
fait voir manifestement qu'à une grande vanité près » — Dans
la ire édition (i665), cette pensée est ainsi rédigée : « Les grands hommes s'abattent et se démontent à la fin par la longueur de leurs infortunes ; cela fait bien voir qu'ils n'étoient pas forts quand ils les supportoient, mais seulement qu'ils se donnoient la gêne pour le paroître, et qu'ils soutenoient leurs malheurs par la force de leur ambition, et non pas par celle de leur âme ; enfin, à une grande vanité près »
2. J. Esprit dit absolument de même (tome II, p. 210): « A la vanité près — ils (les héros} sont faits comme les autres hommes. » — Montaigne avait déjà dit (Essais, livre II, chapitre xn, tome II, p. 2i5) : « Les âmes des empereurs et des sauatiers sont icetées à mesme moule. » — Pascal dit par deux fois : (article VI, 28 et 3o) : « Les grands et les petits ont mêmes accidents, et mêmes fâcheries, et mêmes passions. » — « Quelque élevés qu'ils soient (les grands hommes), si sont-ils unis aux moindres des hommes par quelque endroit. » Vauvenargues dit à son tour (maxime 5i6, Œuvres, p. 448) : « Les grands rois, les grands capitaines, les grands politiques, les
écrivains sublimes sont des hommes » Mais dans sa Critique
(p. 78), il répond en ces termes à notre auteur : « Lorsqu'un homme n'est pas assez fort pour supporter le malheur, je ne crois point qu'il puisse être capable d'une forte ambition, et surtout de celle qui fait supporter de longues infortunes : ce que M. de la Rochefoucauld appelle la force de l'ambition n'est donc autre chose que la force de l'âme, et l'auteur les sépare mal à propos. A une grande vanité près, les héros sont faits, dit-il, comme les autres hommes ; c'est encore abuser des termes que d'appeler l'amour de la gloire une grande vanité, et je ne conviens point de cette définition. D'ailleurs, plus un homme a de vanité, moins il est capable d'héroïsme; il est donc faux de dire
ET MAXIMES MORALES. Ai
Il faut de plus grandes vertus ' pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise2, (éd. i*.)
Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement3, (éd. i .)
On fait souvent vanité des passions même les plus criminelles ; mais l'envie1 est une passion timide et honteuse5 que l'on n'ose6 jamais avouer, (éd. i*.)
que c'est une grande vanité qui fait les héros, puisque c'est, au contraire, le mépris des choses vaines qui les rend supérieurs aux autres hommes. » — Yauvenargues insiste sur cette dernière pensée, dans une variante : « L'héroïsme est incompatible avec la vanité, et n'a ni les mêmes effets, ni la même cause : plus grande est la vanité, plus foible est l'amour de la gloire. »
i. L'édition de i665 ajoutait : « et en plus grand nombre. »
2. Tacite (Histoires, livre I, chapitre xv) : Secundœ res acrioribus slimulis animos explorant, quia miseriœ tolerantur, felicilate corrumpimur. « La prospérité est pour le cœur humain une épreuve plus rigoureuse (que l'adversité); car on supporte le malheur, mais le bonheur corrompt. »
3. Cicéron pensait, au contraire, que la méditation de la mort est le seul moyen de repos pour l'esprit : Sine qua (mortis) meditatione tranquillo esse animo nemo potest (de Senectute, chapitre xx, "ttx). — Vauvenargues (p. 78) reproche à la Rochefoucauld d'avoir donné le soleil comme image de la mort. Cette observation tombe à faux : la Rochefoucauld a simplemeut rapproché les deux termes, et un rapprochement n'est pas une image.
4. L'édition de i665 commence ainsi : « Quoique toutes les passions se dussent cacher, ellesne craignent pas néanmoins le jour ; la seule «nvie.... »