CHAPITRE PREMIER
NOTICE HISTORIQUE DES RECHERCHES DES GéOBfÉTRES SUR CET OBJET, ET SPÉCIALEMENT SUR LE FLUX ET LE REFLUX DE LA MER.
1. Newton a donné, le premier, la vraie théorie du flux et du reflux de la mer, en la rattachant à son grand principe de la pesanteur universelle. Kepler avait bien reconnu la tendance des eaux de la mer vers les centres du soleil et de la lune; mais, ignorant la loi de cette tendance et les méthodes nécessaires pour la soumettre au calcul, il n a pu donner sur cet objet qu un aperçu vraisemblable. Galilée, dans ses Dialogues sur le système du monde, exprime son étonnement et ses regrets de ce qu un aperçu qui lui semblait ramener dans la philosophie naturelle les qualités occultes des anciens, eût été présenté par un homme aussi pénétrant que Kepler. Il expliqua le flux et le reflux par les changements diurnes que la rotation de la terre, combinée avec sa révolution autour du soleil, produit dans le mouvement absolu de chaque molécule de la mer. Son explication lui parut tellement incontestable qu il la donna comme l'une des preuves principales du système de Copernic, dont la défense lui suscita tant de persécutions. Les découvertes ultérieures ont confirmé Taperçu de
Kepler et détruit l'explication de Galilée, entièrement contraire aux lois de Téquilibre et du mouvement des fluides. Je n'en parle ici que pour montrer jusqu'à quel point les meilleurs esprits sabusent quelquefois sur leurs propres conceptions.
La théorie de Newton parut en 1687, ^^"^ son ouvrage des Principes mathématiques de la philosophie naturelle. Ce grand géomètre, dans le corollaire 19 de la proposition 66 du premier livre, conçoit un canal circulaire environnant la terre, et rempli d'un fluide qui, tournant avec elle, est attiré par un astre. Il observe que le mouvement de chaque molécule fluide doit êlre accéléré dans ses conjonctions el dans ses oppositions avec cet astre, et qu'il doit être relardé dans ses quadratures; en sorte que le fluide doit avoir un mouvement de flux et de reflux analogue à celui de la mer. Mais il ne donne ni la loi, ni la mesure de ce niouvement. L'explication véritable de ce phénomène est renfermée dans les propositions 26 et 27 du troisième livre, où Newton détermine les forces du soleil et de la lune pour mouvoir les eaux de la mer. Il y considère la mer comme un fluide de même densité que la terre qu'il recouvre totalement, et qui prend à chaque instant la figure 011 il serait en équilibre sous TactioD du soleil. En supposant ensuite que cette figure est celle d'uD ellipsoïde de révolution dont le grand axe est dirigé vers le soleil, il détermine le rapport des deux axes par le même procédé qui lui avait donné le rapport des axes de la terre aplatie par la force centrifuge de son mouvement de rotation. Le grand axe de Tdlipsoïde aqueux étant dirigé constamment vers le soleil, la plus grande hauteur de la mer dans chaque port, quand le soleil est à Téquateur, doit arriver à midi et à minuit; le plus grand abaissement doit avoir lieu au lever et au coucher de cet astre. L'action de là lune produit un ellipsoïde semblable, mais plus allongé, parce que l'action de cet astre est plus puissante. Le peu d'excenl ri cité de ces ellipsoïdes permet de les concevoir superposés l'un