LIVRE CINQUIÈME
ère; il faut, par exemple, remonter jusqu'à six mille ans pour retrouver leur équation du centre du soleil. Mais, indépendamment des erreurs de leurs déterminations, on doit observer qu'ils n'ont considéré les inégalités du soleil et de la lune que relativement aux éclipses dans lesquelles l'équation annuelle de la lune s'ajoute à l'équation du centre du soleil, et l'augmente d'une quantité à peu près égale à la différence de sa véritable valeur à celle des Indiens. Plusieurs éléments, tels que les équations du centre de Jupiter et de Mars, sont très-différents dans les tables indiennes de ce qu'ils devaient être à leur première époque ; l'ensemble de ces tables, et surtout l'impossibilité de la conjonction générale qu'elles supposent, prouvent qu'elles ont été construites, ou du moins rectifiées dans des temps modernes. C'est ce qui résulte encore des moyens mouvements qu'elles assignent à la lune par rapport à son périgée, à ses nœuds et au soleil, et qui, plus rapides que suivant Ptolémée, indiquent qu'elles sont postérieures à cet astronome; car on sait, par la théorie de la pesanteur universelle, que ces trois mouvements s'accélèrent depuis un trèsgrand nombre de siècles. Ainsi ce résultat de la théorie, si important pour l'astronomie lunaire, sert encore à éclairer la chronologie. Cependant l'antique réputation des Indiens ne permet pas de douter qu'ils aient, dans tous les temps, cultivé l'astronomie. Lorsque les Grecs et les Arabes commencèrent à se livrer aux sciences, ils allèrent en puiser chez eux les premiers éléments. C'est de l'Inde que nous vient l'ingénieuse méthode d'exprimer tous les nombres avec dix caractères, en leur donnant à la fois une valeur absolue et une valeur de position, idée fine et importante qui nous paraît maintenant si simple que no\is en sentons à peine le mérite. Mais cette simplicité même et l'extrême facilité qui en résulte pour tous les calculs placent notre système d'arithmétique au premier rang des inventions utiles, et l'on appréciera k difiîcalté d'y parvenir, si l'on considère qu'il a échappé au génie
d'Archimède et d'Apollonius, deux des plus grands hommes dont l'antiquité s'honore.
Les Grecs n'ont commencé à cultiver l'astronomie que longtemps après les Egyptiens et les Chaldéens, dont ils ont été les disciples. Il est difficile, à travers les fables qui remplissent les premiers siècles de leur histoire, de démêler leurs connaissances astronomiques. Leurs nombreuses écoles ofl'rent très-peu d'observateurs avant celle d'Alexandrie ; ils y traitèrent l'astronomie comme une science purement spéculative et en se livrant à de frivoles conjectures. Il est singulier qu'à la vue de cette foule de systèmes , qui se combattaient sans rien apprendre , la réflexion très-simple, que le seul moyen de connaître la nature est de l'interroger par l'expérience, ait échappé à tant de philosophes dont plusieurs étaient doués d'un rare génie. Mais on en sera moins étonné, si l'on considère que les premières observations ne présentant que des faits isolés, sans attrait pour l'imagination impatiente de remonter aux causes, elles ont dû se succéder avec une extrême lenteur. Il a fallu qu'une longue suite de siècles en accumulât un assez grand nombre, pour faire découvrir entre les phénomènes des rapports qui, s'étendant de plus en plus, réunissent à l'intérêt de la vérité celui des spéculations générales auxquelles l'esprit humain tend sans cesse à s'élever.
Cependant, au milieu des rêves philosophiques des Grecs, on voit percer sur l'astronomie des idées saines qu'ils recueillirent dans leurs voyages et qu'ils perfectionnèrent. Thaïes né à Milet, l'an 64o avant notre ère, alla s'instruire en Egypte : revenu dans la Grèce, il fonda l'école ionienne et il y enseigna la sphéricité de la terre, l'obliquité de l'écliptique, et les véritables causes des éclipses du soleil et de la lune. On dit même qu il parvint à les prédire, en employant sans doute les méthodes ou les périodes que les prêtres égyptiens lui avaient communiquées.
Thaïes eut pour successeurs Anaximandre, Anaximène et Anaxa-