‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 65 sur 265 · DU MOUVEMENT DE ROTATION DE LA TERRE · texte numérisé non relu

DU MOUVEMENT DE ROTATION DE LA TERRE

En réfléchissant sur le mouvement diurne auquel tous les corps célestes sont assujettis, on reconnaît évidemment l'existence d'une cause générale qui les entraine ou qui parait les entraîner autour de Taxe du monde. Si l'on considère que ces corps sont isolés entre eux et placés, loin de la terre, à des distances très-différentes; que le soleil et les étoiles en sont beaucoup plus éloignés que la lune, et que les variations des diamètres apparents des planètes indiquent de grands changements dans leurs distances; enfin, que les comètes traversent librement le ciel dans tous les sens , il sera très-difficile de concevoir qu'une même cause imprime à tous ces corps un mouvement commun de rotation. Mais les astres se présentant à nous de la même manière, soit que le ciel les entraîne autour de la terre supposée immobile, soit que la terre tourne en sens contraire sur elle-même, il paraît beaucoup plus naturel d'admettre ce dernier mouvement, et de regarder celui du ciel comme une apparence.

La terre est un globe dont le rayon n'est pas de sept millions de mètres : le soleil est, comme on l'a vu, incomparablement plus gros. Si son centre coïncidait avec celui de la terre, son volume embrasserait l'orbe de la lune, et s'étendrait une fois plus loin; d'où l'on peut juger de son immense grandeur : il est d'ailleurs éloigné de nous d'environ vingt-trois mille rayons terrestres. N'est-il pas infiniment plus simple de supposer au globe que nous habitons un mouvement de rotation sur lui-même que d'imaginer, dans une masse aussi considérable et aussi distante que le soleil,

le mouvement extrêmement rapide qui lui serait nécessaire pour tourner en un jour autour de la terre? Quelle force immense ne faudrait-il pas alors pour le contenir et balancer sa force centrifuge? Chaque astre présente des difficultés semblables, qui sont toutes levées par la rotation de la terre.

On a vu précédemment que le pôle de l'équateur parait se mouvoir lentement autour de celui de Técliptique, et que de là résulte la précession des équinoxes. Si la terre est immobile « le pôle de l'équateur est sans mouvement, puisqu'il répond toujours au même point de la surface terrestre : la sphère céleste se meut donc alors sur les pôles de l'écliplique, et, dans ce mouvement, elle entraîne tous les astres. Ainsi le système entier de tant de corps si différents par leurs grandeurs, leui*s mouvements et leurs distances, serait encore assujetti à un mouvement général qui disparaît et se réduit à une simple apparence, si Ton suppose Taxe terrestre se mouvoir autour des pôles de l'écliptique.

Entraînés par un mouvement commun à tout ce qui nous environne, nous ressemblons au navigateur que les vents emportent avec son vaisseau sur les mers. Il se croit immobile, et le rivage, les montagnes et tous les objets placés hors du vaisseau, lui paraissent se mouvoir. Mais, en comparant l'étendue du rivage et des plaines, et la hauteur des montagnes, à la petitesse de son vaisseau, il reconnaît que leur mouvement n'est qu'une apparence produite par son mouvement réel. Les astres nombreux répandus dans l'espace céleste sont, à notre égard, ce que les rivages et les montagnes sont par rapport au navigateur; et les mêmes raisons par lesquelles il s'assure de la réalité de son mouvement nous prouvent celui de la terre.

L'analogie vient à l'appui de ces preuves. On a observé des mouvements de rotation dans presque toutes les planètes, et ces mouvements sont dirigés d'occident en orient, comme celui que la révolution diurne des astres semble indiquer dans la terre.

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