‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 180 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Du voyage que Roland fit en Aîtin , et des aventures qui lui arrivèrent en chemin.

Le comte d'Angers avolt tant d'impatience de rendre à sa princesse le service important qu'elle exigeoit de lui, qu'il marchoit le jour et la nuit sans s'arrêter. Mais il avoit tant d'états à passer, qu'il ne devoit pas compter d'arriver sitôt en Altin. Pendant un si long voyage, son esprit n'étoit occupé que d'Angélique. S'il avoit de la joie de penser que le seigneur de MoDtauban n'étoit plus son rival , il ne laissoit pas d'être accabla

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34a ROLAND L'AMOUREUX,

de douleur de se voir pour long-temps éloigné de sa princesse. Le chagrin qu'il en avoit te niettoit dans une telle situation , que malheur à ceux qui avoient l'audace d'attirer son ressentiment.

Il Kortoît du royaume de Calkapour entrer dans celui de Mugal, lorsqu'un jour, sur la levée d'un étang, il rencontra deux demoiselles, qp'un chevalier avait arrêtées, et vouloit emmener par force avec lui. Le paladin n'eut pas sitôt remarqué cette violence, qu'il représenta au chevalier l'injustice de son procédé; mais le chevalier, chagrin de se voir troublé dans son des* sein, ne répondit que par des paroles insultantes au comte, qui, dédaignant de lui faire l'honneur de le dé- Ber en combat régulier, le saisit par le bras, l'arracha des arçons, et te jeta au milieu de l'étang, où la pesanteur de ses armes ne tarda guère à le noyer. A peine Roland eut achevé cet esploit, qu'il salua les dames, et s'éloigna d'elles de toute la vitesse de Bridedor, avant qu'elles pussent lui rendre grâces du service reçu. Elles demeurèrent fort surprises d'un départ si subit, et de la nouveauté d'un pareil événement.

Du royaume de Mugal, Roland passa dans celui de Tulent, qu'il traversa tout entier; puis, entrant dans le loyaume de Bizuth, il arriva au pas des Deux-Roches. C'étoit un chemin creux, qu'on appelolt ainsi à cause qu'il passoit entre deux roches. Un grand chevalier , monté sur un puissant coursier, gardoit ce passage; poussé de son mauvais destin, il voulut obliger le comte à laisser en ce lieu ses armes et son cheval : ce qu'il avoit fait à beaucoup d'autres chevaliers, qui n'avoient pu lui résister. Le paladin , choqué de son arrogance ,

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