‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 211 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. XII. . SgS · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. XII. . SgS

couvrit tout le jardin ; et du milieu de cette fumée , il sortit UD tourbillon, de feu qui consuma toutes les choses enchantées du jardin en un moment, et disparut. C etoit sans doute quelque esprit infernal ; car un instant après le flambeau du jour reprit sa clarté , et le ciel redevint serein. Le comte ne vit plus de murailles, plus de palais, plus de verger; il ne retrouva que la magicienne dans l'état où il l'avoit mise, c'est-à-dire attachée au tronc d'un arbre. Elle gémissoit quand il l'aborda. Elle pleuroit amèremeut la perte de son jardin, qu'elle venoit de voir détruire à ses yeux. Moble chevalier, dît-elle au paladin, fleur des plus vaillants guerriers, tu me vols réduite à subir le sort que tu voudras me faire éprouver. Je confesse que j'ai mérité la mort; mais sache que, si tu me la donnes, tu feras périr en même temps les dames et les chevaliers qui sont dans mes prisons , au lieu que je les mettrai tous en liberté, si tu me laisses la vie.

Le guerrier françois étoit trop généreux pour balancer sur le prti qu'il avoît à prendre. Tu n'as rien à craindre, dit-il à la magicienne , pourvu que tu tiennes ta promesse. Mène-moi donc tout a l'heure à tes prisons. Je suis prête à vous y conduire^ Seigneur, répliqua Falerine; mais je dois vous avertir auparavant que nous n'y pouvons aller d'ici sans nous exposer au plus grand péril que vous ayez jamais couru. En quoi consiste ce danger, dit Roland. C'est, repartit-elle, qu'il nous faudra traverser un fleuve sur un pont qui est gardé pat le plus terrible géant de l'univers. Vous me direz peUl-étre qu'il ne vous est pas nouveau de ccnnbattre de pareils monstres, et qu'après avoir vaincu

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les deux qui dëfendoient la quatrième enceinte de mon jardin, il n'en est poinl qui puisse vous résister; mais apprenez qullaridan, qui est le géant dont il s'agit, a des armes enchantées, comme tout son corps; qu'il a de plus obtenu de Morgane, sa maîtresse, par don de féerie, t'avantage d'être six fois plus fort que tous ceux qui oseront le combattre. Ainsi ta valeur et la force ne servent de rien contre lui. Ce n'est pas tout encore : il nage tout armé dans le Oeuve, ce qu'il a coutume de faire quand it s'y est précipité avec ceux qu'il combat; il s'y abîme avec eux, et l'on est tout surpris de te revoir le lendemain à la garde du pont.

La magicienne lui dit aussi pourquoi Morgane avoit établi l'aventure du pont. Le comte fut étonné d'apprendre que c'étoit pour se venger de lui, que la fée faîsolt garder ce passage par Haridan; ce qui ne servit qu'à l'animer davantage à poursuivre cette entreprise. Enfin, après quelques jours de marche Roland et Falerine arrivèrent au pont. Le paladin y vit avec une extrême surprbe un arbre aux branches duquel étoient pendues les armes de Renaud avec celles de plusieurs autres chevaliers, qui avoient tous succombé sous l'effort du fier Haridan.

A ce spectacle , ne doutant point que Renaud n'eût perdu la vie: Hélas! s'écria-t-il les larmes aux yeux, cher cousin, tu as donc été la victime du ressentiment de la fée Morgane contre moi ! C'est moi qui suis cause de ta mort. Ah ! brave chevalier, écoute du haut de l'empirée, où tu fais sans doute ta demeure, les plaintes que ton sort m'arrache et le regret que j'ai de ta perte. Aveuglé d'une injuste jalousie, je t'ai oflensé, j'ai

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