‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 218 sur 253 · LIVRE IV. CHAP. XIV. AoQ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAP. XIV. AoQ

Quoique le Bis de Milon fût armé de toutes pièces, par une merveille qu'il ne coocevcHt pas, il sentoit aussi vivement tes coups que s'ib eussent porté sur sa chair nue. Il souffrit patiemment tous ces outrages pendant un assez long temps, parce qu'il cratgnoit de perdre à s'en venger des moments qui lui étoient précieux. Néanmoins un mouvement de colère qu'il ne put retenir, l'obligea de se retourner vers le spectre, et de lui donner sur sa joue décharnée un furieux coup de poing; mais le coup ne fit aucune impression sur le spectre, et ne trouva pas plus de résistance que s'il eût frappé un nuage. Le paladin , qui connut par cette épreuve qu'il ne pourroit tirer aucune vengeance d'un pareil ennemi, lui dit: Vain fantôme, si l'indigne traitement que tu me fais m'a causé un mouvement d'impatience , assure-toi que désormais rien ne lassera ma persévérance ni ne m'empêchera de poursuivre Morgane.

Ce n'est point ce que je me propose , lui repartit le spectre. Au contraire, si tu es assez heureux pour l'atteindre , je prétends que tu m'en aies toute l'ohligation. En parlant de cette sorte , le fantôme redoubla ses coups, et le chevalier fit àe si violents efforts pour joindre ia fée, qu'il en vint enfin à bout. Il la saisit par ses cheveux, que le vent et sa course faisoient voltiger. Dès cet instant le spectre cessa de frapper, et disparut; la tempête et l'obscurité cessèrent , le ciel reprit toute sa clarté, les précipices redevinrent un chemin uni, et le comte, au lieu d'épines et de buissons , ne vit plus que des Beurs et des fnuts.

MoTnane fut inconsolable de se voir ainsi arrêtée en .

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4'o ROLAND L'AMOUREUX,

dfipit d'elle; car, malgré son grand art de féerie, elle demeuroit sans force et sans pouvoir dès qu'elle étoit saisie par ses cheveux. EUe n'épargna rien pour engager le paladin à se dessaisir d'elle. Prières , promesses , airs engageants, tout y fut employé. Elle lui offrit toutes les richesses et les grandeurs du monde , et lui fit même espérer sa possession ; mais le fîdète amant d'Angélique se mit si bien en garde contre les attraits de la fée, qu'elle ne put le séduire. 11 lui déclara qu'il ne ta quit' teroit point qu'elle ne lui eût donné la clef du palais de cristal, pour délivrer les prisonniers qu'elle y retenoit, et qu'il falloit encore qu'elle lui enseignât le moyen de sortir de ces lieux inconnus aux mortels.

La fée, voyant qu'il persistoit fortement dans cette résolution , lui réptmdit : Il faut bien que je te satisfasse , puisque le ciel a voulu que tu achevasses cette aventure. Je ne te demande qu'une grâc« que tu peux m'accorder, c'est de me laisser le fils du roi Monodant ; emmène avec toi tous les autres : j'aime ce jeune prince, je ne puis vivre sans lui : ne l'arrache donc point à ma tendresse , je t'en conjure par le dieu vivant et par la dame que tu aimes. Je te l'abandonne , dit Roland ;.maîs je crains que tu ne me trompes, et je ne veux pas m'exposer encore à la nécessité de te poursuivre. Non, non, répliqua Morgane : la foi des fées est sacrée, et je jure par le roi Salonion, ce qui est notre plus fbrt serment , que je tiendrai parole. En prononcent ces derniers mots, elle tira de dessous sa robe une clef d'argent, qu'elle donna au paladin, en lui disant : Tenez, chevalier, voici la clef que vous demandez. Atiet délivrer vos compagnons; mais en ouvrant la porte du

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