LIVRE IV, CHAP. XVllI
au dragon de Falerine ; maïs cette magicienne l'assura qu'elle n'avoit jamais eu dans ses prisons de princes ni de princesses qui fussent du sang de Galafron. Cependant, lui dit le paladin, Angélique, à mon départ d'Albraque, m'a dit qu'elle avoit appris qu'une de ses parentes étoit en votre pouvoir. Seigneur chevalier, répliqua Falerine, je vous jure que je n'ai jamais eu dessein de nuire à la maison royale du Catliay. Au contraire, Marquinor, roi d'Altin, et mon parent, a marché avec une grosse armée au secours d'Angélique contre les Tartares; par conséquent vous devez être persuadé qu'on a fait un faux rapporta cette princesse. Roland, satisfait de cette assurance, quitta la magicienne, et se remit en chemin avec Brandimart, qui n'avoit pas moins d'envie que lui de retourner à AIbraque.
Comme ils étoient à pied , et que cela secondoit mal leur impatience, ils se munirent de chevaux au premier lieu habité. Un jour qu'ils étoient tousdeux dans une grande plaine, au lever du soleil, ils aperçurent deux personnes, dont l'une poursuivoit l'autre. Celle qui poursuivoit étoit un grand guerrier à pied, armé de toutes pièces, etVbommequt fuyoît paroissoit être un nain. Il avoit un habit fort propre, et il montoit un des meilleurs chevaux du monde. Le chevalier à pied faisoit des efforts étonnants pour le joindre, et le menaçoit, en courant, de te pendre à un arbre, s'il pouvoit l'atteindre; mais le petit homme avoit la malice de le laisser approcher; puis tout à coup il s'en éloignoit, en lâchant la brideà son coursier, et trompoit l'espérance que le guerrier avoit de se venger de lui.
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Cétoit la reine Marphise, qui poursui voit Brune! depuis trois mois; elle avoit crevé plusieurs chevaux dans sa poursuite, et le dernier qu'elle montoit venoît de tomber sous elle de lassitude.
Le comte d'Angers et Brandimart étoient si éloignés de penser que cette princesse fût dans ces provinces d'Eluth et d'Altin, qu'ils ne la recruinurent pas. Brunel passa près d'eux; et, en passant, il regarda fort attentivement le' paladin françois. Ce n'étoit pas sans raison qu'il le considéroît. Dans tous les lieux de ce royaume où il s'étoit arrêté pour prendre de la nourriture, il avoit ouï raconter avec surprise qu'un chevalier étranger, nommé Roland, avoit détruit par sa valeur lés monstres et les jardins de Falerine, et avoit acquis dans cette entreprise une épée qui coupoit toutes choses enchantées. L'Africain avoit résolu de voler cette arme merveilleuse, pour en faire don au jeune Boger, s'il pouvoit rencontrer sur sa route le chevalier qui l'avoit conquise; et, sur le portrait qu'on lui avoit fait de Roland , il jugea que c'étoit lui qu'il voyoit. Prévenu de cette opinion , il s'arrêta , et dit au guerrier françois : Seigneur chevalier, vous êtes étonné sans doute de me voir ainsi poursuivi par un homme à pied; mais, votre surprise sera bien plus grande encore , lorsque vous saurez que ce n'est pas un chevalier, c'est la reine de ~ Perse, la guerrière Marphise elle-même. J'emporte son épée, pour la donnerau meilleur chevalier de l'univers, et elle court après moi pour me forcer, de la lui rendre.
Ce que vous faites est si criminel, répondit le paladin, que j'en suis indigné. Au lieu de vous vanter