‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 236 sur 253 · LIVBE IV, CHAP. XX · texte numérisé non relu

LIVBE IV, CHAP. XX

besoin que leurs compagnons avoient de son secours, et de prendre arec lui des mesures pour leur délivrance. Par cet artifice, qu'elle imagina sur-le-champ, elle les persuada. Mais le moyen , lui dit Grifon, d'aller trouver Roland au Cathay, lorsque notre devoir nous rappelle en France? Il est vrai, répcmdlt Origile, que le comte avoit envie de retourner à Albraque; mais l'idée du péril où l'entreprise d'Agramant , roi d'Afrique, met votre patrie et votre empereur, l'a fait changer de sentiment. Enfin, continua-t-elle, il est parti pour la France, et moi je suis revenue ici pour implorer l'appui du roi M<Hiodant, et tâcher d'obtenir par son entremise mon retour à Bizuth , dont je ne suis éloignée que par les artifices de mes ennemis. En arrivant à Eluth, j'ai appris qu'on vous y retenoit prisonniers. Cette nouvelle m'a touchée , et dès ce moment j'ai borné tout mon. crédit en cette cour à vous procurer la liberté. J'en suis venue à bout, et je b^is le ciel de cet heureux événement.

La dame n'avoit pas achevé ce discours, 'que les deux frères, à l'envi, lui rendirent grâces de nouveau de ce service important. Après cela, le chevalier Aquilant lui dit : Belle Origile, puisque le comte d'Angers a repris, comme vous le dites, le chemin de France, il ne sauroit encore être f<^ éloigné. Hâtons-nous de marcher sur ses traces, et tâchons de le rejoindre. Volontiers, répondit la dame. Alors ils se mirent en marche , et allèrent le plus vite qu'il leur fut possible le reste du jour; mais Origile avoit en cela un but bien différent du leur. Les deux frères ne pensoientqu'à rejoindre leur oncle, au lieu que la dame sougeoit à les éloigner de

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lui. Ils avancèrent beaucoup; néanmoins quelques moments avant la nuit, il survint tout i coup un orage qui les obligea de s'arrêter dans un village pour faire sécher leurs habits que la pluie avoit moiûllés. Tandis que, pour garder les bienséances, Origite se chaufToït dans une chambre séparée, elle s'avisa d'écrire au ni Monodant qu'elle venoit d'apprendre qu'un des deux chevaliers qu'il avoit fait arrêter étoit Roland. Elle ne doutoit pas que cet avertissement n'obligeât ce monarque à faire garder soigneusement ce paladin; etpar-U elle achevoit de se mettre l'esprit en repos sur ce guerrier. Après avoir écrit sa lettre , elle la cacheta et la donna au mattre de la maison, à l'insu des deux frères, en le chargeant de ta faire tenir en ditigenee au roi , comme une chose oîi le service du prince étoit intéressé ; puis elle alla retrouver les chevaliers. Ils mangèrent ensemble un morceau; ils se reposèrent ensuite quelques heures, et, l'orage ayant Cessé, ils se remirent en chemin le lendemain dès la pointe du jour.

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