‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 241 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. XXI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. XXI

vous engager à lui rendre son fils. Permettez que je garde ici votre ami comme un gage de votre retour. Je me persuade que l'envîe de le revoir anîmem votre courage et vous fera exécuter des choses impossibles , nonseulement à tous les mortels, mais au grand Roland lui-même. Si je vous laissois partir tous deux, et que pour mon malheur vous ne pussiez venir à bout de votre entreprise, je ne vousreverroisni l'un ni l'autre. Laissez-moi donc, de grâce, Bruidiroart; aussi bien je sens pour lui certains mouvements d'affection dont j'ignore la cause. Partez, comte, avec l'assurance que je vous donne qu'il sera ici chéri et honoré, de même que tous les autres paladins françois,que je promets de vous rendre à votre retour. Je vous dirai plus : si j'ai le malheur de ne pouvoir recouvrer le prince Ziliant , mon dessein est d'assurer mes états après ma mort au généreux Brandimart, en l'adoptant ppur fils.

Les deux guerriers furent fort touchés du discours et des sentiments de ce bon roi ; mais ils employèrent des expressions différentes à lui en marquer leur reconnoissance. Le comte se contenta d'assurer ce monarque qu'il alloit faire tous ses efforts pour mériter ses bontés ; et Brandimart se jeta aux pieds du roi, et les lui embrassa avec un saisissement qui venoit moins de l'espérance d'être un jour héritier de ce prince que d'une tendre affection qu'il se sentoit pour lui , sans savoir pourquoi.

44€ fiOLAND L'AMOUREUX.

CHAPIXaE XXII.

Roland retomnte à Vile du Lac.

Le paladin Roland prît snr-lenihamp congé du roi d*Éluth et de son ami firandinurt, «t ne tarda guère à se rendre au pont qoe le géant HMridant avoit longtemps gardé. U attacha son cheval à on arbre, et se précipita dans le fleuve sans balancer. CTétoît rffectivenient le seul moj^en d'entrer dans Ifle dn Lae. Il ménagea si bien sa respiration qu'il se tronva dans la prairie délicieuse qni étoil au fond de î'cau -sans aroir perdu le sentiment. Aussitôt qu'il se vit sur rheriw âeurie, il marcha vers la montagne, d'où il eotra sous la première voûte; il passa le pont du Lac hriHant, malgré les fflatues enchantées qui en gardoient le passage; et, après avoir traversé le salon du trésor, il arriva dans le vallon si t^iéri de Morgane : il prit le chemin de la fontaine oîi il avoit vu cette fée la première fois, n se flattoît qu'il la renconti-eroit encore.

Mais s'il fut trompé dans cette espérance , du moins il eut la satisfaction d'y trouvei- le beau Zîliant. Ce jeune prince, «enseveli dans une profonde rêverie, av(»t les yeux couverts de larmes. Quelle joie ne succéda point à ses tristes pensées, lorsqu'il aperçut le paladin ! Il se leva brusquement , et courut à lui avec transport. Prince , lui dit Roland, je viens dégager ma parole. Fameux guerrier, lui répondit le fils de Monodant en

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