‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 245 sur 253 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

De l'aventure qui arriva a ces deux princes en sortant de l'tle du. Lac , et de leur retour à la cour d'Eluth.

LoRSQDE le comte d'Angers , accompa^é du prince d'Éluth, fut au pont du géant Haridan, il n'j trouva plus Bridedor qu'il avoit attaché à un arbre avant que de se jeter dans le fleuve. La perte de ce bon cheval obligea les deux princes dé marcher à pied le reste dfe ce jour. Ils passèrent la nuit dans un petit bois qu'ils trouvèrent sur leur routé ;et le lendemain, s'étant remis en marche, ils rencontrèrent à l'entrée d'un petit vallon deux ché-

45a ROLAND L'AMOUBEUX.

valîers qui combattoient à pied l'un contre l'autre avec beaucoup d'animosité, pendant que leurs chevaux, dont Roland reconnut l'un pour Bridedor, étoient attachés à U0 arbre.

Le paladin eut de la joie de cette rencontre ; il s'approcha des combattants, et leur dit : Seigneurs chevaliers, suspendez, de grâce, voltecombatpour m'en apprendre le sujet. Peut-être y aura-t-il lieu de finir votre différent et de vous rendre amis. Les combattants s'arrêtèrent à ces paroles, et le moins emporté des deux répondit: Qui vous porte à interrompre notre combat? Il y a bien de l'imprudence à vous de vouloir entrer dans des choses où vous n'êtes point appelé; vous pourriez bien vous en repentir. Sachez que ce beau cheval si richement mharnaché, que vous voyez attaché à cet arbre, est la cause de notre démêlé. Mon ennemi m'ayant vu monté dessus en a souhaité la possession. Il m'a somme de le lui céder; et sur mon refus il m'a défié. Nous en sommes venus aux mains. Je suis plus digne que vous de monter ce beau coursier, interrompit impatiemment l'autre combattant ; et sans vous amuser plus long-temps à satisfaire la curiosité de cet importun songez à vous défendre; c'est ce que je vais faire, repartit le premier, et j'espère que vous perdrez bientôt la folle espérance d'avoir mon cheval.

Alors ces deux chevaliers alloient se jeter l'un sur l'autre avec plus de fureur qu'auparavant, si le comte ne se fût lancé entre eux deux, en opposant son bouclier à l'épée de l'un , et Durandal à celle de l'autre. Arrêtez, chevaliers, leur cria-t-il, je puis terminer votre différent, en vous apprenant que le cheval pour lequel

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