LIVRE IV, CHAP. XXIV
paladins, elle les considéra fort attentivement, la beauté du prince Astolphe la charma. Elle se sentit enflammée d'amour pour lui, et forma le dessein d'en faire son amant. Seigneurs chevaliers , leur dit-elle, si vous voulez vous donner, le divertissement de ma pêche, avancez-vous avec moi jusqu'à celte pointe qui entre plus avant dans la mer qu'aucun autre endroit de ce rivage , vous y verrez des poissons admirables.
En disant cela , la fée passa sur le dos de la baleine. Astolphe, qui étoit le plus curieux de tous les hommes, et qui peut-être se sentpit a^tant épris de la nymphe qu'elle l'étoit de lui , la suivit, malgré .tout ce que ses compagnons lui purent dire pour l'en détourner. D'abord que le prince anglois fut sur la baleine, ce monstre, dont le mouvement naturel avoit été suspendu jusque-là par le charme magique, s'éloigna du rivage avec rapidité. Dans le moment la fée disparut; Astolphe alors se crut perdu. Le seigneur de Montauban poussa Bayard dans la mer pour tâcher de tirer son cousin du péril où il le voyoit; et Dudon en fit autant. Le cheval de ce dernier paladin , déjà fatigué d'une IcHigue traite , perdit bientôt ses forces dans l'eau ; et il se seroit noyé avec son maître, si Renaud n'eût tourné les yeux par hasard vers Dudon, et ne fût venu à son secours. Heureusement le fils d'Aymon arriva dans le temps que le coursier de son compagnon s'abîmoit. Il saisit Dudon d'une main vigoureuse, et le mettant sur le cou de Bayard il le porta sur le rivage. Après cela, Renaud eut quelque envie de se rejeter dans l'eau, pour continuer son premier dessein, mais il ne vit plus la baleine ; et d'ailleurs il s'éleva subite-
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4âo ROLAND L'AMOUREUX,
ment un orage, mêlé de grêle et de pluie; des vents impétueux commencèrent àsoufBer,etUmeràpoasser ses flots jusqu'aux nues. Cette tempête, qui sembtoit vouloir détruire le monde entier, étoit un enchantement qu'Alcine formoit pour ôter toute espérance au fils d'Aymon de pouvoir secourir le prince Astolphe. EffectiTement Renaud, arrêté par cet obstacle invinàble, demeura consterné sur le rivage. Il pleura son cousin, comme un prince qu'il croyoit au fond de lamer, près de devenir la proie des poissons. Lorsque le paladin Dudon eut repris ses forces, ils montèrent tous deux sur Bayard, car il ne leur restott plus que ce cheval, et se remirent en chemin, malgré la pluie et la grêle qui tomboient sur leun armes.
FIS DU LIVRE QDATBliME ET DD TOME PREMIER.
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