‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 4 sur 253 · LIVRE I, CHAP. I. J · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. I. J

temps d'opposer une digue à la rapidité du torrent qui inondoit leurs états. Le dessein du roi de Sericane , en s'emputint de ces royaumes , étoit de se jeter sur celui de l'empereur. La France étoit puissante; et pour la réduire il lui fiitloit un nombre de villes oii il pût établir des magasins pour la subsistance de son armée.

Pendant que ce prince prenoît des mesures pour assurer son entreprise, Charles le Grand, tort éloigné de penser à l'orage qui se formoit contre lui, vivoit tranquille dans sa cour. Tout Paris retentissoit du son des trompettes; mais la guerre avoit peu de part à ce bruit éclatant. Le dessein de perfectionner la chevalerie en étoit l'unique motif. L'empereur tenoit cour plénière avec ses barons à l'occasion de certaines joâtes qu'il avoit assignées aux fêtes de la Pentecôte , temps ordinairement.destiné aux réjouissances publiques. Les princes, les grands seigneurs, les simples chevaliers étrangers ou naturels, tout le minide étoit fort bien reçu de ce bou prince , pourvu qu'on ne fût ni traître ni renégat.

A mesure que le temps des joâtes approcboit, on voyoit augmenter la magniScence dans la ville de Paris. Kicbes caparaçons, superbes livrées, devises galantes, tout y étoit spectacle. Un grand nombre de princes et de seigneurs sarrasins, les ms Balugant et Grandonio, l'orgueilleux et indomptable Ferragus, Isolîer, Serpentin et plusieurs autres y étoient accourus d'Espagne avant l'invasion du roi Gradasse.

La surveille du jour des joutes, l'empereur donna un festin magnifique à toute sa cfaevalerie. Les rois y occupoient la place la plus honorable; ensuiteles barons

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8 ROLAND L'AHOUBEUX.

et les chevaliers y tinrent le rang que chacun mérîtoit par son courage ou par sa qualité : Othon d'Angleterre, Didier le Lombard et Salomon de Bretagne se placèrent parmi les rois, bien qu'ils dnssent leurs états en fîef de l'empereur. Le comte Ganes de Foitier y brilloit avec tous ceux de sa maison; et parce que lepaladinBenaud, qu'ils regardoientooninie leur ennemi, étoit assez simplement vêtu, la médiocrité de ses biens ne lui permettant pas de paroître avec autant de magnificence qu'eux, ils afTectoient de le railler sur la simplicité de son équipage. Jaloux de la gloire qu'il s'étoit acquise par ses Jjauts faits, ils soulagoient, par leurs railleries, l'envie secrète qui dévoroit leurs cœurs. Le généreux fils d'Aimon, peu patient de son naturel, ne pouvoit entendre leurs di.scours sans être enHammé de colère. Il eut besoin de tout le respect qu'il avoit pour soa roi^ et d'un reste de raison pour ne pas troubler, par une querelle^ la solennité de cette fête; mais s'il eut assez de pouvoir sur lui pour retenir son ressentiment, il ne laissa pas de faire connoitre, par un silence où tous les mouvevements de son âme étoient peints, qu'il n'oublieroit pas l'insulte qu'on lui faisoit.

Sur la fin du repas, qui fut digne du grand empereur qui le donnoit, les yeux, furent agréablement frappés d'un spectacle qui attira l'attention de toute l'assemblée. Au son de plusieurs instruments dont la figure et l'harmonie étoient inconnues aux François et aux Espagnols, mais qui charmèrent les oreilles par leur douceur, on vit entrer dans la salle quatre géants d'une mine fière et d'une stature prodigieuse. Ils s'ouvrirent pour laisser voir au. milieu d'eux une dame et un chevalier tous

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