‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 55 sur 253 · LIVRE I, CHAP. XVIII. j · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XVIII. j

voir eofin l'entamer par la force et par le tiandbant de ses dents. Le chevalier, qui sauffroit beaucoup de se voir aînsî mordre le œz, les joues et les oreilles pv un monstre dont l'haleine l'infectoit, tnettoît tout en usage pour se délivrer d'un pareil supplice. Eofio, son iMHilieur voulut qu'il se débarrassât des griffes qui W pressoient; et rencontrant sous son pied un des dards du géant, il le ramassa pour s'en servir contre lui. Il s'en servit en effet 4itilement : car, avant que le cydope pût le rejoindre, il le lui lança dans son grand œil avec tant de force et de justesse, qu'il lui pecça le cerveau de part en part, et le renversa mort sur le ^ble.

Mais cette victoire ne le tiroît pas entièrement de péril. La feim alloit lui ôter bientôt les farces «pii lui restoient, et que son courage seul «voit soutenues jusque-là. 11 lui falloit un prompt secours, et ce lieu étoit si désert, qu'il ne pouvoit espérer d'y rencontrer de long-temps une habitation. Dans ce besoin pressant, il se ressouvint de t'hermîte , et d'une espèce de inssac qu'il lui avoit vu porter sur son épaule, la difficulté étoit de joindre le bon père, qui, très soi^eux de sa peau, quoique fort décharnée, s'étoit enfui dans te bois. Le comte alla donc rq)rendre Bridedor, qui paissoit assez près de là, et le poussa vers le bois. Comme ce bois n'est pas d'une grande étendue ni fort épais, il l'eut en peu de temps parcouru; mais, bien qu'il passât et repassât aux mêmes endroits en appelant l'hermite à liante voix, jamais le vieillard, soit par malice, soit par frayeur, ne voulut lui répondre. Roland commençoit à se rebuter d'une infructu^ise recherche, lorsqu'il vit remuer à quelques pas de lui un monceau de

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branches fraîchement rompues, que le dessein plus que le hasard sembloit avoir ramassées en cet endroit. Il s'en approcha, et, faisant passer Bridedor par-dessus ces branches, il entendit partir des cris perçants. Il descendit pour s'ëclaircir de ce que ce pouvoit être , et il trouva que c'étoit l'hermite qui se cachoit dans une espèce de trou dont il s'étoit fait un asile dans la peur qui l'agitoit encore. Ce pauvre vieillard avoit l'esprit si troublé, qu'il ne vouloît pas sortir de là , quoiqu'il fût découvert; et quand son libérateur lui présenta la main pour se relever, peu s'en fallut que le moine ne le prit pour le cyclope.

Ce bon père se rassUra pourtant; et il ne connut pas si tôt le besoin que le chevalier avoit de manger, qu'il lui offrit de bonne grâce la moitié de ce qu'il avoit dans son bissac, c'est-à-dire un morceau de pain et quelques noix. Ce frugal repas, dont il fut rendu grâce au religieux, joint à quelques pommes sauvages que le comte trouva dans le bois, lui sufRt pour sortir de cet affreux désert, et le mit en état de gagner un autre pays plus liabité.

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